Député et conseiller communal, André Ntashamaje a été éjecté du Conseil communal de Bulle. Une défaite mortifiante pour cette personnalité atypique de la scène politique fribourgeoise. Ce socialiste d'origine rwandaise avait été élu en 1996 à l'exécutif bullois. Une élection très médiatisée, puisque André Ntashamaje était le premier homme de couleur à atteindre pareil fonction en Suisse. Il sera remplacé par un jeune loup du PS, Raoul Grirard, à peine âgé de trente ans, qui le devance de 70 suffrages. Plusieurs facteurs ont joué en défaveur du socialiste.

L'affaire de la police communale, dont l'un des agents a été accusé d'avoir loué un appartement à des prostituées à Bex, a pu peser lourd dans la balance. En charge d'un dicastère exposé en regard des affaires qui secouent le canton, André Ntashamaje a subi la méfiance croissante de la population à l'égard de ses autorités. Les magouilles dévoilées à Fribourg ont créé un climat de suspicion généralisée.

Il est probable aussi que l'enjeu principal des votations fédérales ait joué en sa défaveur. Le front anti-européen, fortement mobilisé ce week-end, avec son lot de méfiance vis-à-vis des requérants d'asile et des étrangers, a amoindri les chances de cet ancien réfugié. Les succès de l'UDC témoignent de cette radicalisation des opinions. La future création d'une section du parti de Christoph Blocher en Gruyère est symptomatique de cet état de fait. La montée de l'UDC dans le canton est la preuve de ce durcissement, notamment sur le front de l'intégration des étrangers.

André Ntashamaje a aussi un style politique atypique. Partisan des consultations les plus larges possibles et du temps de la réflexion, il dérangeait par sa méthode politique. Une méthode Ntashamaje qui divisait. Certains employés communaux ont clairement manifesté leur mécontentement à l'égard du conseiller communal. Certaines voix se sont élevées pour dénoncer son manque d'efficacité, alors que d'autres y voyaient de la sagesse.

Enfin, les militants de base ont également sanctionné la personnalité trop peu profilée du sortant. Preuves en sont les résultats obtenus sur les listes à entête socialiste pour l'élection à l'exécutif. André Ntashamaje, mais également l'autre socialiste sortant, Jean-Paul Oberson, arrivent derrière deux jeunes du PS, Adrien Cesa et Raoul Girard. Même constat au Conseil général, où, toutes listes confondues, ils sont devancés par les benjamins de la liste socialiste. Biffé par ses pairs, André Ntashamaje n'a pas trouvé les voix manquantes auprès des autres formations politiques, ce qu'a réussi à faire (avec le Parti crhétien-social) Jean-Paul Oberson.