Patrimoine

Le «bunker» de Georges Simenon à Epalinges sera démoli ce lundi

La grande maison que l’écrivain belge avait fait construire sur les hauts de Lausanne, à Epalinges, vit ses derniers jours. Les travaux de démolition vont commencer ce lundi

C’est un vestige du séjour de Georges Simenon dans la région qui va disparaître. Le père du commissaire Maigret y a passé dix ans de sa vie, entre 1963 et 1972. La grande maison avait été construite sur les hauts de Lausanne, à Epalinges. Des échafaudages entourent déjà la grande bâtisse, à l’abandon depuis plusieurs années.

Le «bunker», comme certains l’ont surnommé, va laisser la place à une série de douze petits immeubles. «Un bunker? Chacun ses goûts», relève John Simenon, un des fils de l’écrivain, qui y a vécu avec son père dans les années 1960, puis avec sa propre famille entre 1995 et 2007. Adolescent, puis adulte, il en a conservé «énormément de souvenirs», notamment de repas de famille dans la salle à manger ou la vaste cuisine. Et aussi la vue sur le lac et les Alpes.

Conçue par Simenon

«La maison était construite de l’intérieur vers l’extérieur. Mon père avait dessiné chaque pièce puis l’architecte a placé les murs autour», dit-il. «Il voulait en faire une grande maison familiale. Mais ses relations avec ma mère se sont détériorées. Elle n’y a presque pas vécu.»

Georges Simenon (1903-1989), écrivain prolifique et l’un des plus lus du XXe siècle, y a rédigé de nombreux romans, une quarantaine, calcule rapidement son fils. C’est aussi l’endroit où il cesse d’écrire des fictions: en 1972, il décide de ne plus publier de roman. Il se consacrera à ses écrits autobiographiques.

Austère et froide

L’homme à la pipe quitte et vide la demeure peu après. Il s’installe à Lausanne, dans un appartement puis dans une petite maison rose, à l’avenue des Figuiers, où il passera ses dernières années.

La grande maison d’Epalinges a laissé des impressions mitigées à ceux qui l’ont visitée. La construction est solide et moderne avec sa baignoire noire, mais trop grande, austère, aux allures de clinique froide. Elle ne compte pas moins de 26 pièces. «Mais pas de salle d’opération. C’est une légende. Il y avait juste une petite pièce avec une table de massage», corrige John Simenon.

Pas de centre Simenon

Georges Simenon a passé les 30 dernières années de sa vie sur sol vaudois. Pourquoi ne pas avoir transformé la maison d’Epalinges en un centre dédié à la mémoire de Simenon, comme le Manoir de Ban transformé en musée Charlie Chaplin à Corsier-sur-Vevey?

«J’ai bien eu cette idée, mais cela n’a pas pu aboutir. Les simples coûts de mise aux normes actuelles étaient exorbitants, et il était compliqué d’obtenir des fonds publics belges pour un centre en Suisse, et des fonds publics suisses pour un écrivain belge», explique John Simenon, qui dirige la société qui gère les droits de l’œuvre littéraire de son père.

Vendue à un armateur

Place donc aux marteaux-piqueurs. «La destruction de cette maison, cela me fait quelque chose. Mais il faut se rendre à l’évidence. Il n’y a pas d’autre solution». Surtout depuis que la maison a été squattée début 2009. «Les squatters ont fait des dégâts considérables, un véritable saccage», regrette John Simenon.

La propriété a été vendue en 2008 à l’armateur italien Luigi D’Amato pour y réaliser de petits immeubles. La concrétisation du projet a pris du temps, en raison d’oppositions du voisinage. Le permis de construire a été délivré fin juillet et les travaux débutent lundi.

De l’amiante

Première étape: le désamiantage. «De l’amiante a été utilisé pour les crépis et les carrelages au sous-sol», explique Paolo Caleo, architecte en charge du projet auprès du bureau Archilab, à Pully. Les ouvriers viennent d’installer des échafaudages autour de la maison. Idéalement, les premiers travaux de construction du lotissement pourraient commencer avant Noël.

La grande maison, avec piscine couverte, serre, annexe et parc, sera détruite et remplacée par douze immeubles de trois niveaux. Le nouvel ensemble comprendra 108 logements au total.

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