Conflits sociaux

Bus, aéroport: la grève menace à Genève

Les transports publics genevois veulent une augmentation d’effectifs et le personnel de Swissport une hausse des salaires. Mais aux TPG, le bras de fer pourrait cependant se solder par un compromis et à Cointrin, par le forfait des employés

Les étoiles de fin d’année parlent peu aux syndicats genevois. Entre préavis de grève aux Transports publics genevois (TPG) et promesse de débrayage à l’aéroport chez Swissport, entreprise d’assistance au sol, ils jettent sur les fêtes une menace perturbatrice. Quels sont donc les objets de ces nouveaux courroux?

Aux TPG, la réponse se résume à un mot: les effectifs. Une revendication qui rappelle celle de 2014, qui s’était soldée par une grève spectaculaire et paralysante. Selon le Syndicat du personnel des transports (SEV), le manque d’effectifs chronique pèse sur la qualité de vie et la santé des conducteurs de bus et de trams, provoquant un absentéisme inquiétant. «Les employés sont fréquemment rappelés pour travailler pendant leurs jours de compensation, explique la secrétaire syndicale Valérie Solano. Comme cela ne suffit pas, il faut encore faire appel aux contrôleurs ou aux surveillants de chantier pour conduire des véhicules lorsqu’il manque de conducteurs disponibles». De son côté, la direction des TPG réplique qu’elle s’est engagée à embaucher trente équivalents plein-temps pour l’année prochaine, hors remplacement des départs naturels, et qu’il suffit.

100 conducteurs, 30 véhicules, 20 millions

Le syndicat a donc demandé à l’entreprise d’effectuer une projection des coûts qu’engendrerait un véhicule supplémentaire par ligne. Celle-ci s’est exécutée et a présenté la note lundi: 20 millions de francs, pour 100 conducteurs supplémentaires et 30 véhicules. Or, nul besoin d’être grand clerc pour constater que les TPG ne disposent pas de ces 20 millions. Pour preuve, le ministre des transports Luc Barthassat annonçait en septembre dernier au conseil d’administration de la régie une réduction de la subvention équivalente à 5% de la masse salariale, à l’exception des chauffeurs et des mécaniciens, entre 2017 et 2018. De plus, le peuple sera bientôt amené à se prononcer sur un référendum contre la hausse des tarifs votée par le Grand Conseil cet automne. En cas d’acceptation, les syndicats refusent pourtant d’en voir les conséquences au budget 2017.

Des discussions qui se poursuivent pourrait-il sortir un compromis? «Oui, nous sommes prêts à trouver un compromis avant Noël, répond Anne Hornung-Soukup, présidente du conseil d’administration des TPG. Nous espérons par là réduire l’absentéisme, qui a déjà passé de 10% à 8,5%. Mais sans pouvoir sortir 20 millions ou acheter 30 véhicules.» Mais alors comment? «Si les tarifs des billets sont maintenus bas par le référendum, alors nous devons soit attirer de nouveaux clients, une option sur laquelle nous planchons constamment, soit demander une rallonge à l’Etat, sachant que le contexte budgétaire est difficile.»

Après la pause syndicale, la grève?

A l’Aéroport, le Syndicat des services publics (SSP) ne peut pas compter sur autant d’accommodement dans l’épreuve de force qui l’oppose à la direction de Swissport. Devant la revendication d’une augmentation de salaire de 200 francs par mois pour un plein-temps (le salaire moyen est de 4800 francs), la direction n’a pas laissé la moindre ouverture. Il faut dire que seule une vingtaine d’employés de Swissport a observé la semaine dernière une «pause syndicale» d’une heure, tout en promettant pire: le débrayage ces prochains jours. «Notre but n’est pas de perturber les fêtes, assure Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical au SSP. Mais la grève reste une possibilité si nos membres en décidaient. Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du fait que la direction n’ait pas fait un pas dans notre direction.»

Pourquoi en ferait-elle un, d’ailleurs, puisqu’elle vient de signer une nouvelle convention collective de travail (CCT) avec le syndicat Push, qui entrera en vigueur en janvier. Celle-ci prévoit une prime unique de 400 francs en contrepartie d’une diminution des paliers dans la grille des salaires. Et ce n’est pas parce que le SSP «ne reconnaît pas à Push la qualité d’un syndicat», selon Jamshid Pouranpir, que la direction devrait s’en émouvoir. Du coup, elle a répliqué vertement que «la grève annoncée est illicite, puisqu’il existe une CCT valide garantissant la paix du travail et qu’elle est et reste la plus généreuse du secteur.» Et envoyé un blâme avec menace de licenciement aux employés ayant observé la pause, en cas de récidive.

Coutumière des affrontements musclés, Genève pourrait cette fois-ci voir se transformer les menaces de grève en paix des braves. Et épargner à la ville une circulation chaotique.

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