Transports

Les bus low cost se fraient un chemin en Suisse

L'Office fédéral des transports rappelle qu'un autocariste suisse pourrait déjà obtenir une concession de bus à prix cassé. Il souhaite cependant sanctionner ceux qui ne respectent pas les règles, passagers compris

Les bus longue distance low cost se font progressivement leur place dans le paysage suisse des transports. Officiellement, la législation en vigueur interdit à un opérateur étranger, comme l’entreprise allemande FlixBus, de transporter des passagers d’un endroit en Suisse à un autre endroit en Suisse. Cela s’appelle l’interdiction de cabotage et c’est ancré dans l’accord bilatéral sur les transports terrestres, a rappelé vendredi le vice-directeur de l’Office fédéral des transports (OFT), Pierre-André Meyrat. Il s’est exprimé dans le cadre du colloque annuel de l’organisation Ouestrail à Yverdon.

Dans la pratique, l’OFT peine cependant à faire respecter cette interdiction. Un premier cas s’est produit lorsqu’un journaliste monté à bord d’un FlixBus à Zurich à destination de la partie française de l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse. Il a pu descendre en ville de Bâle sans encombre. La semaine dernière, FlixBus a mis en service une liaison Lyon-Constance via Genève, Lausanne, Berne et Zurich et retour. Un journaliste alémanique a acheté un billet Zurich-Lyon pour 24 francs. Il a pu sans problème descendre à Genève.

L’OFT s'en préoccupe mais le simple fait que l’autocariste ait clairement signalé à ses clients que la loi suisse leur interdisait de descendre sur territoire helvétique peut suffire à les mettre à l’abri. «Je ne suis pas policier et je ne peux pas vous empêcher de descendre à Genève», a déclaré le chauffeur.

L'OFT cherche la parade. Dans la Luzerner Zeitung de vendredi, le directeur de l’OFT Peter Füglistaler a préconisé l’introduction d’une norme pénale permettant de sanctionner les passagers en infraction, qu'il compare à des resquilleurs. Mais cela risque d’être difficile.

Si les transporteurs étrangers low cost n’ont pas le droit de transporter des passagers en trafic interne suisse, les autocaristes suisses, eux, peuvent le faire, rappelle toutefois Pierre-André Meyrat. Ils doivent respecter certaines conditions minimales (démonstration de rentabilité, niveau des salaires) pour obtenir une concession. «Mais je constate que le marché n’en profite pas», souligne-t-il.

Feu vert possible

Cela pourrait toutefois changer. Comme son chef, il confirme qu’une entreprise de transport suisse qui proposerait une offre de bus low cost par exemple entre Berne et Zurich en respectant les conditions minimales obtiendrait le feu vert de l’OFT. Voilà qui n’échappera pas à FlixBus, à qui l’on attribue l’intention de constituer un jour une filiale 100 % helvétique.

Il y a d’ailleurs déjà un précédent, relève Pierre-André Meyrat. La société Kantic GmbH a obtenu une concession pour une liaison quotidienne par bus Genève-Neuchâtel-Chiètres-Berne-Lucerne Neuenkirch. Comme la destination finale n’est pas la gare principale de Lucerne mais un terminal routier en périphérie, elle ne concurrence pas directement les CFF. Par ailleurs, les voyageurs doivent être détenteurs d’un ticket indiquant que, de Neuenkirch, ils poursuivent leur périple vers une destination étrangère.

Celui qui se réjouit le plus de cette évolution est Philippe Nantermod. Le conseiller national PLR a déposé une motion demandant la libéralisation du marché. Il se réagit de voir les choses bouger: «Nous avons une partie de la population qui a envie d’acheter des billets d’autobus pour aller de Genève à Zurich. Et de telles offres peuvent intéresser les touristes qui n’ont pas d’abonnement demi-tarif. Bougeons avant qu’on se fasse bouffer par FlixBus», a-t-il plaidé vendredi à Yverdon.

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