On la connaît comme l’enseignante genevoise convertie à l’islam qui a tenté, en vain, d’obtenir le droit de porter son voile dans sa classe en plaidant sa cause jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Lucia Dahlab, 45 ans, également vice-présidente de l’Union des organisations musulmanes de Genève, est candidate sur la liste des Verts de la commune de Vernier en vue des élections municipales de mars prochain. Une candidature controversée, en raison du voile que l’aspirante a bien l’intention de porter durant la campagne, et dans les travées du Conseil municipal si elle est élue. Entretien.

Le Temps: Pourquoi vous lancez-vous en politique?

Lucia Dahlab: C’est une envie ancienne, je m’intéresse à la politique depuis vingt ans. On assiste aujour­d’hui à une montée en puissance du populisme, qui bafoue mes valeurs, et j’ai plus que jamais envie d’agir. Avant, avec toutes les histoires liées à mon foulard, je m’étais toujours autocensurée, pensant qu’on ne verrait pas des musulmanes voilées en politique avant deux générations. Tout a changé quand j’ai été approchée par des élus qui m’ont dit qu’il y avait une place pour moi. Il y a environ un an, je suis devenue membre des Verts.

– Une candidate voilée est ressentie par certains comme une provocation, qu’en pensez-vous?

– Provoquer n’a jamais été le sens de ma démarche, pas plus aujourd’hui que lorsque j’ai milité pour pouvoir porter mon voile à l’école. Je sais que je dérange, mais mon objectif est justement de ne plus déranger, qu’on me considère comme une citoyenne et éventuellement une élue comme les autres. Cela fait 15 ans que je porte le foulard et, depuis lors, je me bats pour que les femmes voilées puissent accéder au monde du travail et à toutes les fonctions qu’elles devraient pouvoir occuper dans la société.

– Votre candidature ne risque-t-elle pas de se résumer à une relance du débat pour ou contre le voile?

– Où qu’une femme voilée aille, cela crée la polémique et cela pose toujours un problème à certaines personnes. Mon but est de faire en sorte qu’on passe à autre chose. Je veux que l’on s’intéresse avant tout à mes compétences.

– Quels sont vos projets pour Vernier?

– J’habite la commune et j’y enseigne depuis vingt ans. Mon souhait est de participer à l’amélioration de la qualité de vie, notamment en créant des réseaux entre ses différents quartiers, en réduisant les nuisances liées à la mobilité, et en réfléchissant à la meilleure manière de renforcer l’offre parascolaire, puisque les citoyens ont voté en faveur de l’accueil continu des élèves.

– Le fait que les Verts espèrent à travers vous attirer l’électorat musulman ne vous donne-t-il pas l’impression d’être utilisée?

– Il faut accepter ce genre de chose quand on fait de la politique, tous les partis recherchent des candidats qui leur amèneront des voix dans un milieu ou un autre. Cela ne me gêne pas parce que les Verts mènent une politique claire, sincère et ouverte en matière d’intégration.