Incrédulité, stupéfaction, «un poisson d'avril?» demande même un restaurateur. Hier à midi, à l'heure du petit café d'après repas, peu de Genevois étaient informés de l'annulation par le Tribunal fédéral du règlement du Conseil d'Etat interdisant la fumée dans les lieux publics. «C'est n'importe quoi, lâche un consommateur. On peut fumer, on ne peut plus fumer, et puis peut-être que dans un an on ne pourra à nouveau plus fumer, il n'y a qu'à Genève que l'on voit ça.»

Au café des Halles, à Carouge, la patronne est furieuse: «J'ai perdu un peu de clientèle mais j'ai gagné de la santé, je ne tousse plus le matin. Il va falloir nous replonger dans les nuages de fumée.» Colère aussi au café du Marché, où Christiane, la gérante, envisage de garder son établissement non-fumeurs. «Je ne sais pas si c'est possible mais je le souhaite, annonce-t-elle. On s'est aperçu depuis juillet que l'air est tout de même plus vivable sans tabac. Même notre clientèle fumeuse l'a reconnu.»

Lydia, une serveuse, est écœurée: «Je suis sportive, je cours le marathon, si demain ça refume, je rends mon tablier.» Une cliente: «C'est un coup du lobby des grosses boîtes de tabac, trop de fric là-dedans.»

Au PMU des Vignettes, aux Augustins, Gyslaine Baudet, qui déplorait une chute de son chiffre d'affaires depuis trois mois, accueille la nouvelle avec une joie très contenue. «Je suis mitigée, confie-t-elle. D'un côté, la clientèle va revenir, de l'autre, il faut bien avouer que l'on respire mieux sans tabac. Et puis les fumeurs commençaient à s'habituer, ils revenaient doucement. Ils se sont organisés comme mes petites coiffeuses du matin qui ont réservé leur petit coin de terrasse.»

«J'ai lu la dépêche...»

Les serveurs sont allés dans la cave remonter la pile de cendriers. Un habitué, hésitant, demande: «Je peux l'allumer? Je n'aurai pas d'amende?» «Je ne sais pas, on attend la directive», répond Gyslaine.

André, un fidèle du bar La Sportive, a été le premier sur les coups de 11h45 à rallumer une cigarette. «J'ai lu la dépêche sur Internet, je l'ai imprimée et j'ai appelé mes copains pour leur dire de me rejoindre à la Sportive avec armes et bagages.» Les trois amis sont assis, un verre de blanc à la main, la clope dans l'autre. «C'était une atteinte à la liberté et à la convivialité, justice est rendue», clament-ils.

Ahmed, qui gère un bar à Chichas près de la gare, est tout aussi enjoué: «Cette interdiction, pour nous, c'était la mort annoncée. On réalise 50% de nos recettes grâce à la fumée... Cet été, on a limité les dégâts parce qu'il y a la terrasse, mais qu'allait-il se passer cet hiver?»