Après des élections communales aux résultats rachitiques (20% de parlementaires en moins, 36% de pertes au sein des exécutifs), le Parti libéral-radical (PLR) genevois vit des heures difficiles. Son président, Bertrand Reich, a parlé de «débâcle» dans une interview à la Tribune de Genève. Ces mots ne suffisent pas, selon les Jeunes libéraux-radicaux (JLR) qui ont lancé une offensive pour réformer la formation. «Le président manque de capacité d’autocritique», lance Darius Azarpey, réélu au Conseil municipal de Collonge-Bellerive.

L’attaque n’est pas strictement ad hominem. Les dernières défaites ne sont pas uniquement dues à la présidence et aux affaires, assurent les quatre personnes, dont Darius Azarpey, qui portent les propositions de réforme que les JLR ont avalisées en assemblée générale et dont Le Temps s’était fait l’écho fin 2019. Elles sont liées à «une façon d’aborder les changements sociétaux qui est largement dépassée». Ce sont les structures dirigeantes, en particulier le comité directeur, que visent les jeunes. Avec 35 membres, il serait «un monstre», fort peu agile. Son équivalent zurichois fonctionne avec 14 postes.

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Sa taille n’est pas l’unique problème. «Sa composition fait qu’il ne joue pas son rôle de contre-pouvoir, dit le jeune parlementaire. Par réflexe, le président ne le convoque donc que rarement en temps de crise.» Sur 35 places, six sont réservées à des élus du peuple (conseillers d’Etat, chef de groupe, etc.), neuf à la présidence élargie, au secrétariat et au trésorier, le reste (20) à des membres sans mandat électif mais dont le réseau personnel charme l’assemblée générale, qui les choisit. Ce sont eux que ciblent les cadets. «Les élus, proches de la population, font remonter les changements de sensibilité sur les questions de société. Les autres, qui ne sont pas en contact avec les électeurs, sont en décalage total avec cette évolution. Ils n’apportent généralement pas d’expertise qui permettrait de faire évoluer le débat à l’interne», résume Darius Azarpey.

Dégraisser le mammouth

Le retard du PLR sur les questions de mobilité et d’environnement résulterait de ce pouvoir démesuré accordé à ces 20 membres du comité directeur. Il serait donc temps de dégraisser le mammouth. Autre réforme nécessaire: que les vice-présidents ne soient plus choisis par le président mais élus par l’assemblée générale.

«Notre parti manque de vision, de discipline et de formation», résume Darius Azarpey. Le resserrement à la tête de la formation permettrait d’éviter une situation comme celle vécue durant les élections fédérales, où, sur le plateau de Léman Bleu, deux candidats PLR ont défendu des positions opposées sur le congé parental. Quant à la formation, l’élu regrette l’abandon des agoras ou des conférences qui permettent de construire la réflexion. La bande des quatre va entamer la semaine prochaine un tour des sections communales afin de rallier deux tiers des votants à la prochaine assemblée générale du PLR, agendée le 14 mai.

Un indice montre que le parti a besoin de cette cure, assure le parlementaire: sur 185 élus communaux, 26 ont moins de 35 ans, ce qui est fort peu en comparaison des Verts. «Nous avons un vrai problème de relève», conclut Darius Azarpey.

«La taille n’est pas un enjeu»

«Je suis heureux qu’il existe des membres qui se préoccupent de l’avenir du parti et je salue toute proposition positive», réagit Bertrand Reich pour qui, cependant, la taille du codir «n’est pas un enjeu». «Au contraire, assure-t-il, cette diversité des points de vue est une richesse.» Priver le président du choix de son équipe relèverait d’une «méconnaissance du fonctionnement» de cette fonction, continue Bertrand Reich, qui ne se voit pas travailler avec des personnes qu’on lui imposerait.

«Faire évoluer le PLR sur des questions sociétales est un vrai sujet, reconnaît toutefois le président. Nous y travaillons. Nous avons refondé les commissions thématiques. Ou encore consacré notre université d’été au développement durable.» Même si le président juge que «cela ne va pas assez vite», ce travail de fond demanderait de la patience, le temps de la politique étant très lent. Bertrand Reich se réjouit d’avoir désormais dix-huit mois sans échéance électorale pour aborder ces sujets avec les 3000 membres du PLR, sa responsabilité de président étant d’avoir un agenda «jusqu’en 2025». Quant aux éventuels appels à sa démission, l’avocat répond avoir au contraire «plutôt eu des marques de soutien, parfois aux origines surprenantes».

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