«Le cas Khashoggi a déjà été traité depuis longtemps. Nous nous sommes mis d’accord avec l’Arabie saoudite pour normaliser à nouveau notre relation», affirmait mardi à Davos Ueli Maurer, le président de la Confédération. Assassiné, découpé en morceaux et dissous à l’acide le 2 octobre dernier au consulat saoudien d’Istanbul, le journaliste Jamal Khashoggi appartient désormais au passé pour le ministre des Finances. Le conseiller fédéral UDC semble cependant – une fois de plus – avoir oublié de se concerter avec ses collègues avant de faire une déclaration fracassante.

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«Nous n’allons pas traîner cette affaire cent ans»

Interrogé par la radio suisse alémanique, le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, contredisait cette annonce le jour suivant: «Nous n’avons plus parlé de ça depuis l’année dernière. Rien n’a changé dans ce dossier.»

Les restrictions mises en place demeurent-elles donc? «A la suite de l’affaire Khashoggi, les livraisons de matériel de guerre à destination de l’Arabie saoudite sont suspendues depuis le 31 octobre 2018, confirme son département. Seule une décision du Conseil fédéral pourra changer cela.»

Au gouvernement fédéral depuis plus de dix ans, président pour la deuxième fois, Ueli Maurer semble toutefois s’affranchir de l’avis de ses collègues. A nouveau soumis à la question au lendemain de cette annonce, il a maintenu sa ligne: «Nous avons parlé de ce cas et nous le gardons en mémoire, bien entendu. Mais nous ne pouvons pas le traîner pendant encore cent ans.» Peu ému par le sort du journaliste, le conseiller fédéral UDC a prévu de se rendre en Arabie saoudite cette année. «La visite est toujours au programme», nous a confirmé son département ce jeudi.

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Chamaillerie chez les sept Sages

Ce n’est pas la première fois qu’Ueli Maurer décide de s’exprimer sur un dossier sans en avoir au préalable discuté avec ses collègues. En début d’année, il avait déjà pris tout le monde de court en annonçant sur une télévision zurichoise qu’il souhaitait «renégocier certains points de l’accord-cadre avec l’UE». Manifestement remis à l’ordre après ce que certains ont interprété comme une rupture de collégialité, il avait par la suite précisé qu’il ne s’exprimerait «plus qu’au terme de la consultation».

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Le Zurichois n’est par ailleurs pas le seul conseiller fédéral à laisser libre cours à son franc-parler. En été 2018, le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, avait surpris les membres de l’exécutif en affirmant que l’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens – dirigée par un Suisse – faisait «partie du problème» dans la région. Il avait ensuite également tempéré ses propos en soulignant qu’en tant qu’importante contributrice de cette agence, la Suisse se devait de «participer au processus de sa réforme».

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Davos, le forum économique

En marge de ses déclarations sur l’Arabie saoudite, Ueli Maurer a rencontré le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro. Questionné sur cette entrevue – et sur les inquiétudes environnementales relatives à l’accession au pouvoir du leader populiste –, le ministre des Finances helvétique a répondu que «son rôle n’était pas de critiquer les autres pays».