«Nous ne défendons pas seulement nos salaires, nous nous battons pour le maintien des prestations publiques.» Pour le prouver, les trois organisations de la fonction publique vaudoise ont convoqué une manifestation contre les mesures d'austérité, ce mercredi à 17 h 30. Pour bien montrer aussi que la lutte continue, malgré l'accord salarial que le Conseil d'Etat vient de signer avec l'une des faîtières. Il n'est pas sûr cependant que la cause parvienne à réunir à Lausanne les 10 000 protestataires qui y étaient descendus lors des grèves de septembre et d'octobre. La négociation avec le gouvernement a mis une nouvelle fois au grand jour les divergences syndicales. Au point que le Syndicat des services publics (SSP) a cru bon d'organiser sa propre manifestation, dès 15 h 30, pour dénoncer l'accord salarial, avant d'aller rejoindre le rassemblement principal. De nouvelles grèves sont prévues mercredi mais elles devraient avoir un impact limité vu la dispersion des mots d'ordre.

L'impossible unité

Avec des variantes, le même scénario de l'impossible unité se répète d'une année à l'autre. Les divergences idéologiques «historiques» entre les organisations, doublées de rivalités personnelles chez leurs leaders, sont devenues une constante du paysage politique vaudois. La Fédération des sociétés de fonctionnaires (FSF) représente l'aile la plus modérée du mouvement. Elle n'est pas opposée par principe à la modernisation de l'Etat ni aveugle face à ses problèmes financiers. Elle est encline à négocier avec le gouvernement, comme le récent accord salarial 2005-2007 qu'elle tient pour «le moins mauvais possible». Apolitique, la FSF était proche des radicaux dans les années de vaches grasses. Aujourd'hui, elle est dirigée par des socialistes, comme Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise, et Sylvie Winkler, municipale à La Tour-de-Peilz. Enseignement (primaire, secondaire inférieur) et police sont ses piliers.

Les deux autres organisations (SUD et SSP) appartiennent à l'extrême gauche, mais par des obédiences rivales. Les principaux acteurs du SSP, comme le nouveau secrétaire Gaétan Zurkinden, sont liés au Mouvement pour le socialisme, dernier bastion des trotskistes purs et durs. Ils ont refusé toute négociation avec le Conseil d'Etat dès lors que celle-ci ne pouvait porter, comme ils l'exigeaient, non seulement sur les aspects salariaux mais sur les prestations publiques elles-mêmes. Le SSP est le plus fortement représenté dans le secteur du social et de la santé publique.

Entre les deux se situe le syndicat SUD, né d'une scission de la FSF, et dont le libertaire Aristides Pedraza est la figure de proue. Pour trouver sa place, SUD a adopté la ligne subtile sinon très cohérente consistant à participer activement à la négociation tout en affirmant d'emblée qu'il ne signerait pas. Un certain durcissement de la FSF, joint à la volonté de SUD d'avoir prise sur les pourparlers, a conduit à un rapprochement entre ces organisations, alors que le SSP se fige et s'isole dans une radicalité intransigeante et imprécatoire de plus en plus mal perçue par les autres acteurs.