Le canton de Berne n'avait désigné, jusqu'ici, qu'une seule commission d'enquête parlementaire (CEP). De 1984 à 1987, elle avait planché sur l'affaire des caisses noires, révélée par le réviseur des comptes, Rudolf Hafner: le gouvernement avait versé 730 000 francs aux mouvements antiséparatistes dans le cadre des plébiscites jurassiens.

Lundi, contre l'avis du gouvernement – qui estime la démarche disproportionnée –, le Grand Conseil a décrété, d'une seule voix, que la débâcle de la caisse de pension des enseignants bernois, la Caceb, était suffisamment grave pour constituer une commission d'enquête de treize députés. Sa mission sera arrêtée lundi prochain et sa composition le lendemain. Elle travaillera rapidement: son rapport sera débattu en septembre 2005 déjà, sept mois avant les élections cantonales d'avril 2006.

Avant de connaître les conclusions de la CEP, le parlement aura dû prendre les mesures susceptibles de combler le trou de 1 milliard (20% du capital de la caisse) généré par des placements boursiers hasardeux (lors d'une session extraordinaire en décembre), et ajuster à la hausse les cotisations et à la baisse les prestations pour équilibrer le compte courant (la loi sera débattue mercredi).

Lundi, les députés se sont montrés vindicatifs: à leurs yeux, le rapport du contrôle des finances, déjà très fouillé, ne dit pas tout. Et, surtout, ils veulent établir les responsabilités. Celle de la direction de la caisse est avérée, reste à qualifier celle du Conseil d'Etat, qui serait resté sans réaction, en 1999, malgré la sonnette d'alarme tirée par l'expert Rolf Weber.

Les caisses noires avaient provoqué une onde de choc, coûtant leur place à plusieurs ministres, l'UDC Werner Martignoni en tête. L'actuel gouvernement a tout à craindre des conclusions politiques de la CEP. Les ministres de la Justice, l'agrarien Werner Luginbühl, et de l'Instruction publique, le radical Mario Annoni, sont dans la ligne de mire, tout comme l'ancien grand argentier et actuel conseiller aux Etats, l'agrarien Hans Lauri. Dans les coulisses du Rathaus, des scénarios prennent forme: s'il est éclaboussé, Mario Annoni pourrait renoncer à un cinquième mandat en 2006 et les radicaux perdre un fauteuil au gouvernement. L'UDC ne cache pas son appétit et prendre la majorité au Conseil d'Etat ne l'effraie pas: elle pourrait alors s'approprier le siège réservé aux francophones. Le nom du juge à la Cour suprême Christian Herrmann est susurré.