Avec la troisième réforme de l’imposition des entreprises, la santé financière de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) est assurément l’un des dossiers les plus importants de la législature 2014-2018 du Conseil d’Etat. Insuffisamment capitalisée dès sa création en 2014, la CPEG a dû faire face depuis à l’abolition du taux plancher et à l’introduction des taux négatifs par la BNS. Conséquences: la Chambre suisse des experts en caisses de pensions abaissait, le 3 octobre, son taux technique de référence de 2.75% à 2.25%. La CPEG a décidé d’abaisser le sien à 2.5% à fin 2016, ce qui fera grimper ses engagements de 1,45 milliard de francs. De quoi attribuer à la CPEG, le titre de caisse de pension publique affichant le plus bas taux de couverture de Suisse (59.8% au 31 décembre 2015).

Et pourtant, cela n’a pas empêché la Caisse d’être récemment récompensée pour la qualité de la gestion de sa fortune. Vendredi dernier, au «Grand Hyatt» de Berlin, la CPEG a été élue «meilleur fonds de pension suisse» par la publication européenne IPE. Une récompense qui n’a pas manqué de faire sourire parmi certains experts de la prévoyance, alors même qu’une nouvelle capitalisation se discute au Parlement – elle se chiffre au minimum en centaines de millions de francs –, et que la CPEG a réalisé une mauvaise performance en 2015 (-0,4% nette).

«Nous avons été jugés sur la gestion globale de notre portefeuille, explique son directeur général Christophe Decor. Les experts ne se sont pas attachés à la problématique de la sous-capitalisation de notre caisse.» Mais comment expliquer que la CPEG ait été récompensée, alors même que sa performance a été négative en 2015? «Ce chiffre de -0,4% ne dit rien de ce que la Caisse a mis en place pour précisément faire face à l’abolition du taux plancher en termes de gouvernance et de gestion des risques.» Par exemple? «Nous avons réduit l’impact des rendements négatifs des liquidités et des obligations d’Etats, et avons augmenté la diversification de notre portefeuille. Je ne prétends pas que cette performance est bonne, mais je rappelle que la CPEG affiche un taux de rendement sur les dix dernières années supérieur à l’indice Crédit Suisse des caisses de pensions. Au 31 octobre 2016, la performance estimée de la Caisse se situe à 4.1%.» Si le nombre de concurrents avec lesquels la CPEG s’est confrontée n’est pas connu, l’identité du quatuor des finalistes l’est: les caisses de pension de CFF, du groupe industriel Sulzer et de l’AVS.

En novembre, le comité de la Caisse a dévoilé une première mesure pour remédier à son déséquilibre financier à long terme: celle du rehaussement de l’âge pivot de la retraite, de 64 à 65 ans pour ses futurs pensionnés. A ce jour, il manquerait 7 milliards de francs à la CPEG si cette dernière voulait couvrir 80% de ses engagements, comme l’exige la législation fédérale dès 2052.