La durée du service militaire passera de 300 à 280 jours avec l'introduction de la réforme Armée XXI, mais l'école de recrues, elle, comptera 24 semaines au lieu de 16. C'est là sans doute le changement le plus parlant pour les jeunes gens qui seront appelés à servir sous le régime de la défense rénovée, dont la mise en œuvre démarrera en 2003.

Deux tiers d'étudiants

Le Plan directeur d'Armée XXI, présenté mardi, prévoit de faire commencer trois périodes d'école de recrues par an, en mars, juillet et novembre. La volée de juillet est habituellement formée aux deux tiers d'étudiants ou de futurs étudiants. C'est elle qui sera le plus affectée par la réforme. Pour elle, l'école de recrues se terminera fin décembre, soit deux mois plus tard que sous le régime actuel. Le problème se pose avec acuité pour les bacheliers incorporés en juillet et qui comptent intégrer l'université à la rentrée d'octobre. Ils ne le pourront pas, sauf exceptions, alors qu'aujourd'hui ils perdent environ deux semaines sur le début des cours. Un retard de deux semaines, sans être négligeable, ne constitue pas une difficulté insurmontable. Les services de l'armée estiment que ce type de désagrément touche 10% environ du contingent des «juilletistes», soit 2000 personnes. Avec Armée XXI, le désagrément deviendra un handicap.

Vice-recteur de l'Université de Lausanne, Jacques Diezi dit en quoi le passage à six mois de l'école de recrues peut entraver le début des études: «Notre université autorise tout nouvel étudiant à changer de faculté après un mois d'études, début décembre. Si Armée XXI entrait en vigueur aujourd'hui, le contingent de juillet ne bénéficierait pas de cette offre. Ensuite, l'année d'étude à l'Université de Lausanne ainsi que dans la plupart des établissements universitaires suisses, commence en octobre uniquement. Autrement dit, il est impossible chez nous de commencer son année en mars, ce que des recrues finissant leur école en décembre pourraient souhaiter.»

Dans ces conditions, ne faudrait-il pas prévoir la possibilité d'accomplir une école de recrues en deux périodes (l'une de quatre mois, l'autre de deux), de telle sorte qu'un bachelier ne manque pas le début de l'année universitaire? Lors de la présentation du Plan directeur, le divisionnaire Urban Siegenthaler, chef du projet Armée XXI, s'est montré très réservé sur le sujet. En clair, l'armée ne veut pas, pour des raisons d'organisation du service militaire, se compliquer la tâche. Mais la question d'un fractionnement de l'école de recrues demeure ouverte.

Porte-parole de la cellule Armée XXI au Département fédéral de la défense (DDPS), Simon Weber affirme que, selon le genre d'études choisies, médecine ou droit, des jeunes pourront être exemptés des obligations militaires jusqu'à la fin de leur période universitaire. «Pour les autres, ajoute-t-il, on peut imaginer qu'à la suite de l'école de recrues, ils mettent à profit le reste de l'année pour se rendre à l'étranger et y parfaire l'apprentissage d'une langue, par exemple. Dès lors, on ne peut pas parler d'année perdue. Cela dit, tous les jeunes ne peuvent pas s'offrir un séjour à l'étranger.»

Réservoir

L'intransigeance relative du DDPS a sûrement pour objectif d'inciter les futurs étudiants intégrés dans la volée de juillet à opter pour un service long de 300 jours, effectué en un bloc. «C'est bien pensé, admet un fonctionnaire fédéral, mais est-ce bien juste?» Les concepteurs de la réforme Armée XXI comptent avec un effectif annuel de 4000 volontaires pour un service long. Les étudiants ou futurs étudiants pourraient former la majorité de ces volontaires et constituer ainsi un réservoir de cadres de milice. Il ne faudra plus en effet que 10 mois, soit 300 jours de service, pour accéder au grade de caporal, et 13 pour obtenir celui de lieutenant.