Dans la région du grand Zurich, centre autoproclamé des médias suisses, la compétition est particulièrement rude. Quelle que soit la décision prise par Moritz Leuenberger, elle fera l'effet d'une bombe. Du côté des radios, cinq diffuseurs sont en course pour trois concessions dans une zone qui comprend le canton de Zurich, les districts schwyzois au bord du lac et le canton de Glaris.

Parmi eux, Roger Schawinski, dans le rôle de l'empêcheur de tourner en rond. Après un passage à la tête de la TV privée allemande Sat1, le pionnier des ondes libres revient à ses premières amours. En mars dernier, il a lancé à 63 ans Radio 1, «radio seulement pour les adultes».

Alors que le cinquième candidat ne devrait pas avoir beaucoup de chance, l'éternel frondeur s'attaque à trois rocs. Il y a Zürisee, de l'éditeur du Zürichseezeitung, quotidien ancré sur la Goldküste. Radio Energy, qui appartient pour 51% à Ringier et 49% à NRJ. Et surtout, il y a Radio 24, station que ce même Roger Schawinski avait fondée en 1979, et qu'il a revendue avec TeleZüri pour un joli pactole à Tamedia, l'éditeur notamment du Tages-Anzeiger et de 20 Minuten. Même si cela ne doit jouer aucun rôle pour l'octroi de la concession, Radio 24, avec 205000 auditeurs, se vante d'être le numéro un des radios privées depuis 29 ans.

Pour départager les concurrents, le DETEC doit juger la qualité et l'indépendance des programmes. Ce dernier critère joue en faveur de Roger Schawinski, qui a aussi reçu le soutien du gouvernement zurichois. Selon le professeur pour les médias Heinz Bonfadelli, interrogé par le Tages-Anzeiger, Moritz Leuenberger devrait donner sa chance à des nouveaux candidats, «pour corriger un peu les situations de monopole existantes. La loi exige un nouveau départ, les poids lourds en place n'ont pas droit à un traitement de faveur, sinon, cela ne valait pas la peine de lancer toute cette procédure».

Roger Schawinski a toujours aimé se poser en David contre Goliath. Il est ainsi également sur les rangs avec un projet de radio locale en Argovie et dans les Grisons, où il espère à chaque fois décrocher l'unique concession radio contre l'éditeur régional dominant. «Je ne peux pas m'imaginer que Moritz Leuenberger ne m'accorde pas de concession», a-t-il déclaré récemment. A défaut de la concession du grand Zurich, il pourrait avoir comme prix de consolation celle de la ville de Zurich et de son agglomération. Les responsables des autres projets ne veulent pas s'exposer. Mais il ne fait aucun doute que les stations qui devront cesser d'émettre vont attaquer la décision devant le Tribunal administratif.

Le marché des télévisions locales est aussi très disputé dans la région zurichoise. Basée à Winterthour et traînant la réputation d'être une télévision pour les campagnes, Tele Top, 40000 téléspectateurs, est en lice contre TeleZüri, appartenant aussi à Tamedia. Dans la région saint-galloise, Tele Top s'attaque à Tele Ostschweiz, du groupe NZZ. La TV de Winterthour a le soutien des gouvernements de Zurich, de Thurgovie et de Schaffhouse.