Des appels à un durcissement de la diplomatie suisse dans l’affaire libyenne se sont fait entendre dès samedi. Des membres alémaniques de l’UDC, s’exprimant à titre individuel, n’ont pas hésité à réclamer une rupture des relations diplomatiques avec la Libye.

Cette impatience s’exprime après que l’on a appris vendredi que les deux Suisses ont disparu, une semaine plus tôt, lors d’une visite médicale à laquelle ils avaient été priés par Tripoli de se soumettre en vue de leur prochaine libération. Cette visite était en fait un piège. C’est à ce moment que les deux Suisses ont été arrêtés et emmenés dans un endroit secret. Le 23 septembre, les autorités libyennes ont confirmé dans une note diplomatique qu’elles retenaient les deux hommes, officiellement «pour garantir leur sécurité».

Samedi, de New York, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a indiqué qu’elle allait envoyer une délégation sur place avec la mission de réclamer la libération de ces deux personnes. Sans ces libérations, l’accord pour la normalisation des relations bilatérales avec Tripoli ne peut pas être mis en œuvre, a déclaré la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Elle s’exprimait en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Pour la Suisse, la justification donnée par le chef de l’Etat libyen n’est qu’un prétexte, selon la conseillère fédérale. Mouammar Kadhafi a indiqué que son pays souhaite empêcher une tentative de libération par la force des deux Suisses. Avant son élection au Conseil fédéral, le conseiller aux Etats Didier Burkhalter avait déclaré que les forces spéciales suisses – le bataillon de grenadiers formés aux interventions coup de poing – seraient capables de sortir les deux Suisses de Libye. A l’époque, les deux hommes vivaient reclus dans l’ambassade de Suisse à Tripoli dans l’attente de recevoir l’autorisation de quitter enfin la Libye.

Préoccupation

Micheline Calmy-Rey ne sait ni où les deux Suisses se trouvent, ni dans quel état ils sont. «Je suis très préoccupée», a-t-elle souligné. Elle n’a pas voulu spéculer sur ce que la Suisse pourrait faire si la Libye ne libérait pas les otages. «Il est temps de se taire et de donner place à la diplomatie», a-t-elle également noté. Selon elle, le bien-être des deux Suisses est en jeu.

L’animosité entre les deux pays n’est pas en train de se calmer, si l’on en croit le SonntagsBlick. L’hebdomadaire dominical a repéré un site internet diffusant des propos haineux à l’égard de la Suisse sous le nom de Hannibal, le fils du chef de l’Etat, arrêté à Genève en juillet 2008. Selon un expert consulté par le journal zurichois, ce site serait hébergé sur un serveur texan, le même qui administrerait le site du Ministère libyen des finances et de la justice.

Dans le cadre du débat général de l’ONU, Micheline Calmy-Rey a aussi discuté avec son homologue iranien Manouchehr Mottaki. Ils ont notamment évoqué les installations d’enrichissement d’uranium souterraines en Iran, encore inconnues jusqu’à présent. La conseillère fédérale a regretté que le partenaire de dialogue iranien n’ait pas mis auparavant cette question sur la table.

A propos d’Atalante, elle a exclu tout engagement de l’armée suisse contre les pirates somaliens après le refus exprimé par le Conseil national. Elle a maintenant la difficile tâche d’informer ses collègues de l’UE de la décision négative par le parlement, a-t-elle dit.