Camp contre camp, les députés genevois tentent de tracer l'avenir de l'école

Genève Le Grand Conseil s'est prononcé pour le contre-projet de la droite à l'initiative d'Arle

Jacques Follonier a ouvert le bal. A 20h30, dans la salle du Grand Conseil genevois, le député radical a dressé un constat implacable sur l'école du canton de Genève: «Genève est le berceau de la pédagogie. Nous sommes des champions, mais aujourd'hui, nous sommes tout seuls.» Le rapporteur de la majorité de la commission de l'enseignement a réaffirmé, jeudi soir, la position défendue par la droite depuis des mois: non à la politique scolaire du ministre socialiste Charles Beer.

Dans une ambiance étonnamment sereine après des mois de guerre scolaire, les parlementaires genevois débattaient d'un contre-projet à opposer à l'initiative de l'Association refaire l'école (Arle) «pour le maintien des notes à l'école». Les uns après les autres, les députés de droite et de gauche ont exposé leurs positions sur l'avenir de l'école.

Ce qu'ils en disent:

– Le gouvernement. Le 1er septembre 2004, il a déposé un contre-projet à l'initiative d'Arle. Il a été appliqué par Charles Beer, ministre socialiste de l'Instruction publique, à la rentrée 2005. Il met en place des cycles d'apprentissage de deux ans, dès la première enfantine. Chaque trimestre, les élèves sont évalués par des appréciations écrites traduites par des notes. Mais il n'y a pas de moyennes.

– La droite. Elle s'est liguée hier avec le Mouvement citoyens genevois contre Charles Beer. Le radical Jacques Follonier estime que les notes prévues par le contre-projet gouvernemental ne sont qu'indicatives et ne servent pas à l'évaluation de l'élève. «Nous ne voulons pas de notes Canada Dry». D'ou le contre-projet que l'Entente et l'UDC ont fait passer en commission.

Le texte de ce contre-projet réclame l'introduction des cycles d'apprentissage de deux ans, qui ne comprennent pas l'école enfantine. La promotion se fait en obtenant au moins 4 sur 6 dans les trois savoirs de base: lire, écrire, compter. Il soutient également la réintroduction des moyennes, le redoublement et les évaluations par le Grand Conseil des innovations pédagogiques et des établissements.

Mais certains élus sont réservés sur certaines dispositions et promettent de se muer en dissidents. Le principe des «notes guillotines» ne séduit par exemple pas les démocrates-chrétiens. Ceux-ci avaient élaboré quatre amendements pour adoucir le contre-projet de l'Entente. Selon le PDC Guy Mettan, un enfant peut être bon en maths, mais nul en français. «Il n'est pas raisonnable de le faire redoubler parce qu'il n'a pas obtenu la note 4 dans une des branches principales.» Mais mercredi soir, libéraux et radicaux ont remis le PDC à l'ordre en élaborant quatre nouveaux amendements.

– La gauche. Les socialistes et les Verts, minoritaires, appuient le contre-projet du gouvernement. Ils ont tenté, en vain, de rallier à leur cause le PDC et le MCG. Pour la gauche, le contre-projet de l'Entente n'offre pas une alternative sérieuse à l'initiative d'Arle. Ce texte va même plus loin, en obligeant les élèves à obtenir la note de 4 pour passer, s'insurge la Verte Sylvia Leuenberger.

Le sort de Charles Beer a été réglé en deux heures: à 22h40, par 49 voix contre 31, les députés avaient jeté aux orties le contre-projet du ministre socialiste. Et par 57 oui contre 33 non, les élus acceptaient le contre-projet de la droite. Mais restait à voter les amendements de droite et de gauche, visant à modifier le texte de l'Entente. Texte qui devrait être soumis aux Genevois, le 24 septembre, comme alternative à l'initiative d'Arle. Les débats continuent aujourd'hui.