STRATEGIE

La campagne 100% Christoph Blocher crispe les UDC romands

Les Romands ont décidé de moins se focaliser sur leur conseiller fédéral et de mieux profiler leurs candidats. Ils seraient en outre réticents à se rendre samedi au cortège prévu à Berne.

Omniprésent dans la campagne, Christoph Blocher finit par crisper des UDC romands. Et cette crispation est remontée jusqu'aux oreilles de la direction du parti. Résultat: en Suisse romande, le conseiller fédéral ne fleurira pas davantage sur les affiches grand format et les annonces dans les médias. Pour laisser la place aux candidats. Et au débat d'idées.

«Nous en avons discuté avec la direction le 17 septembre, premier jour de la session. Nous voulions adapter cette campagne. Dès le surlendemain, nos nouvelles annonces, celles que nous avions en fait prévues avant les encarts à l'effigie de Christoph Blocher, paraissaient dans les médias», explique Yvan Perrin, vice-président du parti. Le «Soutenez Blocher, votez UDC» s'est ainsi transformé dans beaucoup de journaux régionaux en «Soutenez les candidats UDC». Le drapeau suisse est resté, mais la photo du conseiller fédéral a disparu. D'autres annonces sont en phase d'élaboration.

La personnalisation autour de Christoph Blocher a été décidée en réaction aux révélations de la sous-commission de gestion du National sur l'affaire Blocher-Roschacher. Yvan Perrin: «Il fallait être réactif et prendre des décisions en urgence. Nous avons bien fait. Mais cette grande visibilité pose maintenant un problème, dans les cantons, aux candidats que nous avons formés en juin. Ils veulent être interrogés sur notre programme qu'ils ont presque appris par cœur, plutôt que sur l'affaire Blocher-Roschacher qui les ennuie. Notre président, Ueli Maurer, a très bien compris notre inquiétude.»

Pas question pour autant de retirer de Suisse romande toutes les affiches à l'effigie de Christoph Blocher. Yvan Perrin: «En revanche, elles ne représenteront plus qu'environ un cinquième de notre campagne.» En Suisse alémanique, ce «ras-le-bol» n'existe pas. Ou n'est du moins pas exprimé ouvertement. La fascination et la dévotion au tribun y sont plus grandes. Le dernier baromètre électoral (LT du 20.09.07) démontre d'ailleurs que la «blochérisation» de la campagne a profité à l'UDC.

Nouveaux hésitants

Ce sont les parlementaires fédéraux qui sont les plus à l'aise pour exprimer leurs doutes quant à l'omniprésence de Christoph Blocher. Oskar Freysinger (VS) l'a par exemple fait à la TSR; Pierre-François Veillon (VD) aussi. Les nouveaux candidats se montrent, eux, plus hésitants quand il s'agit de le critiquer. «Ces affiches ne me dérangent pas particulièrement. Car, pour une élection au scrutin proportionnel, l'aspect collectif d'une liste et d'un parti doit primer sur les ambitions personnelles. Nous devons nous rassembler derrière notre ministre menacé», répond ainsi Dylan Karlen, jeune UDC vaudois. «Je n'ai rien contre les affiches de Christoph Blocher, mais cette campagne ne doit pas durer trop longtemps. Il serait sain que la campagne vaudoise s'oriente sur les candidats uniquement, car de nouvelles personnes s'engagent pour le parti et le peuple a le droit de faire leur connaissance», résume de son côté le Vaudois Eric Bonjour.

Mobilisation difficile

Autre exemple où les UDC romands sont moins enthousiastes que les Alémaniques: le cortège organisé par le parti ce samedi à Berne sous le label «Nous nous engageons pour la Suisse». Car les risques de débordements sont bien réels. «S'il n'est pas évident de mobiliser des gens, c'est aussi parce que beaucoup de manifestations ont déjà lieu en Suisse romande et que les candidats préfèrent parfois être présents sur les marchés», précise Claude-Alain Voiblet, qui gère la campagne de l'UDC en Suisse romande. Plus de 10000 sympathisants sont attendus, et le coordinateur romand assure que toutes les sections romandes seront représentées à Berne.

Dylan Karlen et Eric Bonjour seront-ils présents malgré les menaces de dérapages? Le premier répond oui. «Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y aura de débordements et, s'il y en a, ils seront provoqués par des milieux de gauche intolérants», dit-il. Eric Bonjour lui aussi sera de la partie, mais seul. Et il est moins optimiste. «Au départ, je comptais m'y rendre avec ma famille, mais j'y ai renoncé en raison des hauts risques de débordements», souligne-t-il. «Mais nous ne nous laisserons jamais intimider par ces groupuscules de gauche.»

Une allusion à la contre-manifestation antiracisme organisée le même jour par le comité «Mouton noir». «Nous serons présents sur la place de la Cathédrale et ne bougerons pas de là», assure Daniele Jenni, conseiller communal (législatif) écologiste et organisateur de la manifestation. «Il n'y aura donc pas de contact direct avec le cortège de l'UDC. Nous voulons rester pacifiques. Ceux qui voudront réagir contre l'UDC le feront de toute façon sur leur parcours.» Seul hic: «Mouton noir» n'a pour l'instant pas obtenu d'autorisation de la police bernoise. «On nous a fait comprendre que la ville serait surchargée ce jour-là...» soupire Daniele Jenni.

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