Alors que le dernier sondage sur les thèmes des votations du 28 novembre sera publié mercredi, la nervosité est montée d’un cran autour de l’initiative du Parti socialiste sur l’équité fiscale. Une enquête d’opinion commandée par economiesuisse mais qui est restée confidentielle est à l’origine du remue-ménage auquel on assiste depuis vendredi dernier. Visiblement, cette prise de température laisse entendre que les chances de l’initiative sont réelles. Plus de 50% des personnes interrogées se disent favorable au texte socialiste.

Depuis vendredi dernier, la mobilisation a redoublé d’intensité. Les présidents des deux partis du centre droit, Christophe Darbellay et Fulvio Pelli, ont lancé une campagne qui combat à la fois l’initiative du PS et celle de l’UDC sur les criminels étrangers. Des conseillers d’Etat opposés à l’initiative socialiste sont aussi intervenus dans la campagne. Durant tout le week-end, des chefs d’entreprises, à commencer par le patron des ascenseurs Schindler, ont annoncé qu’ils seraient prêts à quitter le pays en cas d’acceptation des nouvelles règles fiscales pour les contribuables aisés.

Cette mobilisation de chefs d’entreprise porte la griffe d’economiesuisse, du moins en partie. «Je trouve bien que des entrepreneurs propriétaires de leur société se manifestent sur un ton un peu plus soutenu et moins diplomatique», confie Gerold Bührer, président d’economiesuisse qui reconnaît que, si certains de ces patrons se sont mobilisés de leur propre chef, d’autres y ont été incités par l’organisation faîtière.

C’est par exemple le cas de Peter Spuhler, le directeur général de Stadler Rail et conseiller national de l’UDC. «Si l’initiative est acceptée et si la quote-part fiscale continue d’augmenter, je me poserai aussi la question», a-t-il répondu à la SonntagsZeitung qui voulait savoir s’il était prêt à quitter le pays. Mais l’industriel thurgovien prétend avoir été cité de manière incomplète, a-t-il expliqué mardi au Tages Anzeiger. Selon lui, il a aussi déclaré à l’hebdomadaire dominical que la question d’une fuite du pays ne se posait pas à ses yeux pour le moment, propos qui n’a pas été répercuté par la SonntagsZeitung. Peter Spuhler affirme cependant au TagesAnzeiger qu’il condamne les menaces d’exode brandies par d’autres chefs d’entreprise.

Ces menaces sont jugées contre-productives par d’autres adversaires de l’initiative. C’est par exemple le cas de l’UDC fribourgeois Jean-François Rime. «Il est clair que des gens partiront si l’initiative est acceptée, mais ce n’est pas une bonne façon d’argumenter. L’élection moyen n’est pas sensible à cela», explique-t-il.

Si la nervosité monte du côté des opposants à l’initiative, le Parti socialiste montre lui aussi des signes de fièvre. C’est ainsi qu’il a retiré de la version allemande de son argumentaire le chapitre le plus controversé, à savoir celui qui reconnaît que, dans les cantons où la charge fiscale est basse, «les augmentations d’impôts auront tendance à porter sur les revenus moyens». Le PS visait en premier lieu Zoug et Schwyz. Cet argument a été largement repris par les adversaires de l’initiative. On n’en trouve désormais plus trace sur le site de campagne du PS dans sa version allemande. Le chapitre n’a en revanche pas été retiré de l’argumentaire français.