Les tensions politiques en Turquie n’ont pas fini de faire des vagues en Suisse. Lundi, le Blick s’en mêle, appelant «tous les Turcs de Suisse» à refuser le référendum constitutionnel voulu par le président Recep Tayyip Erdogan. «Votez non à la dictature!», lit-on en Une du quotidien de boulevard zurichois. Le vote aura lieu le 16 avril, en Turquie. La diaspora est aussi appelée à se prononcer sur cette réforme qui, si elle passe, conférera davantage de pouvoirs au chef d’Etat. Le journal se défend de jeter de l’huile sur le feu. «Pour nous Suisses, il est inacceptable que quelqu’un profite de notre Etat de droit et de notre liberté, tout en voulant l’abolir à la maison», écrit-il. Le même jour, on apprenait dans le Tages-Anzeiger que des espions auraient surveillé les activités de chercheurs de l’université de Zurich. Les participants à un séminaire d’histoire consacré au génocide arménien auraient été photographiés par des hommes agissant pour le compte d’Ankara.

«Un discours européen aux accents néocolonialistes»

Voilà plusieurs semaines que la tension monte, entre la Turquie et plusieurs pays européens, suite à l’annulation de meetings politiques orchestrés par le gouvernement turc. La Suisse n’est pas épargnée. Le ministre turc des affaires étrangères Mevlüt Cavusolu devait venir à Zurich pour tenter de mobiliser la diaspora en faveur du référendum constitutionnel. Mais aucune salle n’a accepté de l’accueillir. L’affaire n’est pas close: la visite en Suisse du chef de la diplomatie turque est reportée à plus tard. Berne a refusé d’annuler l’événement, au nom du respect de la liberté d’expression.

Le président de la Fédération des associations turques de Suisse Romande, Celal Bayar, salue la décision du Conseil fédéral: «Un pays ne peut faire des leçons sur la liberté d’expression tout en muselant la parole des autres sur son sol. Ceux qui se braquent devant la campagne d’Erdogan font fausse route. Cela ne fait que profiter aux populistes européens et resserrer les rangs des nationalistes autour d’Erdogan». Celal Bayar porte un regard critique sur l’opération du Blick: «Je suis opposé à cette réforme, mais le journal aurait eu davantage d’impact en expliquant, à l’aide d’argument, pourquoi il faut voter non. Les Turcs sont lassés d’un certain discours européen aux accents néocolonialiste, qui prétend indiquer la voie à suivre». Parmi les 120 000 à 130 000 Turcs de Suisse, le Suisso-turc établi à Genève estime qu’ils sont 70 000 à 80 000 à pouvoir voter en Turquie. Sur la réforme, les avis sont très partagés: «les opinions sont à 50/50, avec un léger avantage au non», estime-t-il.