Aen juger par les seuls chiffres, le Fonds monétaire international (FMI) est au faîte de sa puissance. Depuis l'automne dernier, cette institution censée sauvegarder la stabilité financière mondiale a débloqué la somme record de 35 milliards de dollars (environ 52 milliards de francs suisses) pour renflouer plusieurs économies en déroute: Thaïlande, Indonésie, Corée du Sud et Russie. Mais le FMI essuie aussi une pluie de critiques sans précédent: économistes et organisations non gouvernementales (ONG) à travers le monde lui reprochent de n'avoir pas prévu la tourmente financière, pire, de l'avoir aggravée par une gestion maladroite de la crise. La méfiance envers l'institution a gagné le Congrès américain, qui bloque actuellement une demande de recapitalisation de 18 milliards de dollars (lire l'interview ci-dessous). Lundi, la Déclaration de Berne, une organisation suisse d'aide au tiers-monde, a demandé au Conseil fédéral de faire pression pour forcer l'institution, vieille de 52 ans, à entamer une profonde réforme de structure.

La Suisse, qui dirige au FMI un groupe de vote comprenant la Pologne et plusieurs républiques d'Asie centrale, sera présente à la conférence ministérielle qui doit décider, au mois d'octobre à Washington, de réformer les statuts du Fonds. La Déclaration de Berne ainsi que les 62 ONG associées à la campagne internationale sur le FMI estiment que la Suisse a jusqu'à présent incarné la «ligne dure» au sein des pays membres: «Le Conseil fédéral a déjà donné son accord pour augmenter la contribution helvétique de 40%, soit environ deux milliards de francs, a rappelé lundi Peter Bosshard, de la Déclaration de Berne. La Suisse était prête à accorder une augmentation encore plus importante. De plus, elle soutient un projet de réforme qui autoriserait le FMI à imposer une libéralisation des flux de capitaux plus radicale que celle mise en place jusqu'à présent.»

Transparence réclamée

Le gouvernement suisse pourrait en revanche constituer un allié pour les ONG en ce qui concerne la réforme du mode de fonctionnement du FMI. Les documents produits par l'organisation sont secrets, et les programmes d'ajustement auxquels doivent se soumettre les Etats pour bénéficier des prêts du FMI sont rarement élaborés en dehors d'un cercle très restreint de banquiers centraux et de ministres des Finances. Les autres ministres, les parlements ou les ONG ne sont pas consultés.

«Nous sommes d'accord pour changer certains points, déclare Georgio Dhima, chef de la section FMI au Département fédéral des finances. En 1994, après la crise mexicaine, nos propositions de rendre l'organisation plus transparente n'avaient pas été prises au sérieux. Cette fois, un soutien plus important aux réformes pourrait naître.» La Suisse préconise notamment la publication des analyses par pays du FMI, aujourd'hui confidentielles. «Lorsque la politique économique d'un Etat est insoutenable, le FMI devrait le dire publiquement, explique Georgio Dhima. Cela renforcerait la confiance des marchés.» Une telle mesure aurait peut-être permis de désamorcer à temps la crise asiatique: le FMI disposait d'analyses inquiétantes sur la Thaïlande avant le déclenchement de la catastrophe, mais sa culture du secret l'a empêché de faire connaître ces informations à temps.