A deux semaines et demie du scrutin sur l'aide à l'Est, le sondage réalisé par l'institut gfs à Berne, réalisé entre le 6 et le 12 novembre auprès d'un échantillon de 1211 personnes, reflète une situation encore floue, avec 49% d'intentions de vote favorables et 37% de refus, pour 14% d'indécis. La situation n'a pratiquement pas évolué depuis le précédent sondage, réalisé au mois d'octobre. Le oui ne progresse que de 2%, le non, tout comme le pourcentage d'indécis, ne recule que de 1%. Cet immobilisme surprend les spécialistes. Ce qui les interpelle encore plus, c'est le recul du oui en Suisse romande, de 48 à 46%, et la progression parallèle du non, de 34 à 35%. A l'inverse, en Suisse alémanique, le camp du oui passe de 47 à 50%, le non demeurant inchangé à 39%. Ce camp du oui s'est renforcé dans les rangs du PS, passant de 69 à 79% et du Parti radical (56 à 62%). Il diminue légèrement au PDC, passant de 55 à 54%. Par contre, le credo du refus se renforce dans l'électorat de l'UDC, où le non progresse de 69 à 77%.

A la fin de la semaine dernière, economiesuisse, organisateur de la campagne, sonnait l'alarme dans les milieux politiques. C'est la similitude de la situation actuelle avec celle que l'on enregistrait à deux semaines et demie du scrutin sur l'EEE en 1992 qui inquiétait l'organisation faîtière de l'économie suisse. A l'époque, les derniers sondages faisaient apparaître 47% d'intentions de vote favorables et 40% de non, pour 13% d'indécis. En fin de compte, le non l'avait emporté avec 50,3% des voix le 6 décembre, lors du fameux «dimanche noir», selon l'expression de Jean-Pascal Delamuraz. On était très loin, par ailleurs, de la majorité des cantons, qui n'est pas nécessaire le 26 novembre.

Economiesuisse commande, avant les votations populaires où elle est impliquée, ses propres sondages, réalisés dans la confidentialité et l'opacité les plus totales. On sait que le sondage réalisé au début novembre pour economiesuisse n'annonçait que 46% de oui pour l'aide à l'Est, soit moins encore que pour l'EEE en 1992. D'où une ferme invitation aux partis engagés dans la campagne à réagir au plus tôt et à accentuer leur mobilisation. Ce sursaut s'est notamment traduit, mardi, par une conférence de presse commune à six présidents de partis, dont l'écho médiatique a été plutôt faible, étant donné qu'aucun argument nouveau n'a été avancé.

Une fiabilité discutable

Le sondage dont les résultats ont été rendus publics mercredi par la radio et la télévision publiques fait apparaître une situation légèrement plus favorable, le oui passant de 46 à 49%. On pourrait en tirer la conclusion que la situation s'est légèrement améliorée en l'espace d'une semaine avec l'évolution de la campagne, mais l'on ignore toutefois si l'échantillonnage et les questions étaient identiques. Vu leur impact sur la vie politique, le fait que le même institut réalise à un terme très rapproché des sondages sur le même sujet pour des clients différents pose toutefois un problème qui méritera d'être posé. Et l'on peut légitimement s'interroger sur la fiabilité des chiffres avancés.

Les politologues s'interrogent en effet sur la divergence entre l'évolution respective des intentions de vote favorables entre la Suisse alémanique, où elles progressent, et la Suisse romande, où elles reculent. C'est étonnant, relève le Genevois René Schwok, spécialiste de l'Europe à l'Université de Genève, vu la campagne extrêmement modeste des partisans du non en Suisse romande et l'absence de dramatisation par l'UDC, au contraire de ce qu'on avait vécu avec la libre circulation des personnes. L'échantillon de l'institut gfs, proteste le président du PDC, n'est pas représentatif dans les régions où le parti est le mieux représenté. «Vous verrez après le 26 novembre, promet Christophe Darbellay, que le PDC aura voté massivement oui.»

Economiesuisse s'inquiétait plus particulièrement la semaine dernière de la stagnation du oui à Genève. Pascal Sciarini, comme son collègue de l'Université de Genève René Schwok, soulignent que l'UDC a su semer l'inquiétude avec les dépenses qui pourraient survenir par la suite, en faveur de la Bulgarie et de la Roumanie en premier lieu. Cette question n'a pas reçu de réponse satisfaisante au cours de la campagne. Elle est peut-être plus sensible à Genève qu'ailleurs, dans la mesure où le populisme de gauche s'y superpose au populisme de droite et où la situation financière du canton est tout particulièrement dégradée.