Le combat avait duré près de dix ans avant de se fracasser contre la règle de la double majorité. En novembre 2020, l’initiative pour des multinationales responsables était acceptée par 50,7% de la population mais refusée par 14 cantons et demi. Une désillusion évidente pour les initiants, mais une victoire d’estime auprès de la majorité des Suisses. Portés par ce soutien, les partisans d’un contrôle renforcé du respect des droits de l’homme et de l’environnement par les entreprises dont le siège est en Suisse ont décidé de ne pas baisser les bras. Six mois après la défaite, ils reviennent sous la forme associative.

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«Pour que la Suisse ne prenne pas de retard»

«Nous nous sommes bien évidemment posé la question d’arrêter, explique Chantal Peyer, ancienne porte-parole du comité d’initiative. Mais le constat est qu’un citoyen suisse sur deux voulait de nouvelles règles, et que, sans pression, ni le parlement ni le Conseil fédéral n’agiront.» Or, souligne la nouvelle association, depuis la votation, le Parlement européen a approuvé une initiative visant à introduire un devoir de diligence obligatoire pour ses entreprises doté d’un mécanisme de sanction. Et l’Allemagne a adopté une nouvelle loi qui oblige ses firmes à surveiller l’intégralité de leur chaîne d’approvisionnement au risque de payer des amendes pouvant atteindre 2% de leur chiffre d’affaires.

«Notre objectif est que la Suisse ne prenne pas trop de retard», souligne Chantal Peyer. Comment faire? «Nous souhaitons agir à la manière d’un observatoire. Pour coordonner le travail des ONG qui s’étaient engagées durant la campagne. Et pour poursuivre l’analyse de situations dans lesquelles elles sont moins engagées. Il s’agira également de mobiliser des parlementaires fédéraux, de faire connaître les politiques internationales en matière de droits humains et de surveiller la mise en œuvre du contre-projet indirect à notre initiative. Celui-ci impose la publication d’un rapport annuel et un devoir de diligence particulier en matière de travail d’enfants et de «minerais de la guerre». Nous soutenons qu’il améliorera un peu la transparence de certaines entreprises, mais qu’il n’aura pas d’impact réel en matière de droits humains sur le terrain.»

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Outre les cotisations des quelque 130 organisations non gouvernementales qui avaient participé à la campagne en 2020, l’association lancera prochainement une démarche de financement participatif (crowdfunding) pour financer son secrétariat. En espérant récolter environ un demi-million de francs. Assez pour engager entre trois et quatre personnes à temps partiel, faire vivre l’association au drapeau orange et entretenir l’espoir approuvé par une majorité des votants de responsabiliser l’activité des entreprises helvétiques à l’étranger.