Peu de Lausannois n'ont pas d'avis. On aime ou on n'aime pas, c'est selon, mais c'est tranché. Les impressions ressenties sont souvent liées à la vision des photomontages reproduits à maintes reprises dans la presse, et qui a débouché sur une véritable «guerre des images» entre le Conseil d'Etat vaudois et le comité référendaire qui combat l'implantation du futur Musée des beaux-arts au bord du lac (LT du 10.07.2008). «Masse de béton» d'un côté, volume pourvu d'ouverture et de ruptures de l'autre.

Nouveaux gabarits

C'est dans ce contexte que le comité référendaire, persuadé que le Conseil d'Etat fera «esprit de transparence démocratique», vient d'envoyer une lettre pour lui demander de remettre les gabarits qui avaient été posés durant la mise à l'enquête «afin que le citoyen puisse se faire une idée précise du projet envisagé à Bellerive». «Nous voulons également que les gabarits qui auraient dû être posés dans le lac le soient», précise Isabelle Chevalley, coordinatrice de la campagne.

Si les opposants au nouveau Musée des beaux-arts font cette demande au gouvernement, c'est bien pour que les Lausannois se déplacent sur le site qu'ils disent vouloir protéger. La campagne semble prendre une tournure lausanno-lausannoise. Pour preuve, sur les 16400 signatures valables récoltées et déposées hier à la Chancellerie, 7300 venaient uniquement de la ville de Lausanne. Près de 10000 signatures déposées proviennent des grandes communes de l'agglomération de la capitale vaudoise.

Un projet cantonal

Isabelle Chevalley le reconnaît, le gros de l'effort de la récolte de signatures a été fait sur Lausanne. Et le fait d'en avoir finalement récolté autant sonne à ses oreilles comme un «indice» sur le sentiment des Lausannois par rapport à ce projet de musée. «Lors de la récolte, les gens venaient spontanément vers nous. Mais tous les Vaudois sont concernés car tout le monde passe à la caisse», rappelle-t-elle.

La crainte du syndic de Lausanne, Daniel Brélaz, qui estimait que le reste du canton allait refuser à Lausanne son nouveau musée -auquel il est favorable- en cas de votation populaire, n'est peut-être pas tout à fait exacte: les Lausannois pourraient bien se le refuser également si l'on considère les chiffres de la récolte de signatures comme une sorte de prise de température. Mais la campagne n'a pas véritablement commencé.

«Il faut qu'Anne-Catherine Lyon mouille le maillot»

Du côté des partisans du musée, on fourbit également ses armes. Un comité de soutien devrait dévoiler à la rentrée les actions de campagne qu'il entend mener, tandis qu'une liste de soutien circule et comptabilise à ce jour plus de 1800 signatures. Les partisans du projet attendent visiblement beaucoup de la ministre de la Culture, Anne-Catherine Lyon. «Il faut qu'elle mouille le maillot», dit un élu lausannois, inquiet de la tournure des événements et qui trouve la magistrate encore trop en retrait.

Le vote, qui porte sur la part cantonale du crédit d'étude (390000 francs sur 1,7 million), aura lieu le 30 novembre prochain. La participation promet d'être importante ce jour-là car, au-delà du sujet sur le futur Musée des beaux-arts, pas moins de trois autres sujets cantonaux et cinq sujets fédéraux sont à l'ordre du jour. Les Vaudois devront notamment se prononcer sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics tandis que le peuple suisse se prononcera, lui, sur la dépénalisation de la consommation de cannabis.