A deux semaines de la votation sur l’initiative socialiste «pour des impôts équitables», la sérénité proclamée des milieux économiques paraît entamée. Après le sondage de gfs pour le compte de la SSR mi-octobre, qui estimait à 58% la proportion de votes en faveur de l’initiative, une récente enquête menée par economiesuisse révèle une amélioration de la tendance. «Mais ce n’est toujours pas bon», admet son président Gerold Bührer, dans la NZZ am Sonntag.

Le texte fixe un seuil minimum d’imposition de 22% pour les revenus de 250 000 francs et plus, et de 5‰ pour les fortunes de 2 millions et plus. Il concernerait 16 cantons alémaniques et quelques communes fribourgeoises. Le week-end dernier, le chef du Département de l’économie du canton d’Obwald, Niklaus Bleiker, redoutait que de grands patrons d’entreprises ne quittent le pays en cas de succès du texte. Ses craintes trouvent désormais leur justification dans les déclarations de plusieurs poids lourds de l’économie alémanique, qui traduisent un climat de nervosité.

Le fabricant d’ascenseurs Alfred N. Schindler, résident du paradis fiscal de Hergiswil (NW), est le plus catégorique. Dans un entretien à la Neue Luzerner Zeitung, samedi, il promet de quitter le pays si l’initiative passe.

Une «punition»

Ses déclarations en ont amené d’autres, au service de l’idée que le texte socialiste «punit les entrepreneurs». Le milliardaire Thomas Schmidheiny, principal actionnaire du cimentier Holcim, songerait aussi à l’exil. Dans la SonntagsZeitung, Bernhard Alpstaeg, patron de Swisspor déclare qu’il devrait émigrer ou vendre la société.

Aussi sensationnelles soient les menaces formulées par ces leaders, le front d’opposition n’est pas monolithique. Quelques patrons calment le jeu, comme le financier tessinois Tito Tettamanti qui a déménagé à Londres et est revenu à Lugano. Pour lui, comme pour le Thurgovien Edgar Oehler, cités par Sonntag, «les taux d’imposition ne sont pas la seule condition à observer pour choisir le lieu d’établissement d’une société».

Certains, dans le giron des partis bourgeois et des entreprises, voient mal les menaces des milieux économiques. Georg Hess, ancien chef des Finances du canton de Schwyz, qui croit au succès du scrutin, regrette que les partis bourgeois aient sous-estimé l’initiative. Selon lui, les récentes menaces pourraient se révéler contre-productives.