Dans la nuit de dimanche à lundi, à Villars-le-Grand (VD), un char a brûlé. Calciné, celui-ci affichait des bâches «deux fois non» relatives aux initiatives «Pour une eau potable propre» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». A la suite de ce qu’elle nomme un «acte terroriste», Prométerre, l’Association vaudoise de promotion des métiers de la terre, a annoncé qu’elle déposerait une plainte. Symptôme d’une campagne particulièrement tendue, l’incident marque une nouvelle escalade dans un contexte qui semble continuer de s’envenimer.

«Une injure à la démocratie»

«Quand on en est réduit à de tels actes, c’est que l’extrémisme l’emporte sur tout le reste, s’indigne Prométerre. Il s’agit d’une injure non seulement à la démocratie, mais aussi aux familles paysannes.» Très remontée, l’association révèle que les dégâts se montent à plusieurs milliers de francs. «Les déprédations ne datent pas d’hier, explique son chef de campagne, Grégoire Nappey. Mais nous n’avons pas voulu intervenir tout de suite, jugeant qu’il fallait faire preuve d’une certaine tolérance. Toutefois, une «ligne rouge» a été franchie. On s’attendait à une campagne émotionnelle. Mais cela va trop loin.» Ce mardi, l’UDC vaudoise s’en mêlait, appelant les autorités à «agir pour combattre la désobéissance civile». Si les incendies de ce type restent rares, la vue de bâches arrachées est devenue banale dans les campagnes suisses.

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«Nous avons désormais connaissance de dégâts intentionnels dans la plupart des cantons du pays, s’insurge Sandra Helfenstein, porte-parole de l’Union suisse des paysans (USP). Du vandalisme, des insultes, des graffitis. Nous condamnons fermement ces actes violents et rappelons que, dans une démocratie, chacun doit pouvoir exprimer son opinion sans peur.» L’USP devrait prochainement communiquer sur le sujet, ajoute la porte-parole, qui dit «se faire du souci» devant la recrudescence d’accrochages. De fait, les associations paysannes voient rouge sur l’ensemble du territoire et, à l’instar de Prométerre, l’Union paysanne fribourgeoise (UPF) a annoncé ce mardi qu’elle porterait elle aussi plainte pénale suite à de nouvelles déprédations.

Les possibles conséquences des votations mettent les paysans à cran, d’autant que leur inquiétude ne découle pas uniquement de préoccupations idéologiques. Certains s’inquiètent pour leur intégrité physique et celle de leurs familles. Affiches, bâches, totems et fanions sont en effet installés directement sur leurs terres, à deux pas de leurs logis personnels. «Nous avons jusqu’ici surtout communiqué en dehors des villes, explique Grégoire Nappey, puisque nous pouvons profiter de notre réseau pour faire campagne gratuitement.» Une offre gracieuse qui ne va visiblement pas sans risque, quelle que soit l’opinion du propriétaire des lieux.

L’autre camp également fâché

Car le camp du «deux fois non» n’est pas le seul concerné par des déprédations. Si l’initiative «Eau propre», qui souhaite conditionner les paiements directs à des efforts écologiques jugés intenables par la branche agricole, rencontre une défiance quasi unanime en campagne, l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» a ses adeptes ruraux. Et ces derniers font également l’objet d’offensives nocturnes répétées. «Nous recevons chaque jour des appels d’agriculteurs et d’habitants des campagnes qui nous commandent de nouveaux drapeaux et banderoles parce que les leurs ont été arrachés», confirme Natalie Favre, porte-parole de l’initiative. Avec, là aussi, un recours à la justice.

«En Thurgovie, l’un de nos soutiens vient de porter plainte contre X après que ses visuels ont été arrachés à de multiples reprises. Plusieurs de nos partisans nous rapportent aussi faire régulièrement l’objet d’intimidations au sein de leur communauté. Il faut du cran pour nous soutenir en campagne, c’est loin d’être évident. Sans oublier que certains paysans dépendent des machines agricoles de leurs voisins.» La communicante salue le courage de ceux qui s’obstinent, selon elle en partie récompensé par un soutien particulier de la part de clients favorables à l’interdiction des pesticides de synthèse.

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Que l’on soit pour ou contre, Natalie Favre rappelle que «chacun aura la possibilité de se prononcer dans les urnes le 13 juin à l’issue du processus démocratique» et «appelle toutes les parties au calme». D’autant que les débats agricoles sont appelés à se renouveler ces prochaines années. Une fois les objets de juin traités dans les urnes, le peuple devrait en effet se prononcer prochainement sur l’initiative «Contre le bétonnage de notre paysage», qui souhaite notamment interdire la reconversion de bâtiments agricoles en logements, et sur l’initiative «Non à l’élevage intensif». De quoi à nouveau troubler la quiétude campagnarde.