La campagne pour Schengen/Dublin repart après une pause de début d'année. Les organisations économiques, qui avaient lancé une précampagne à la fin de l'année dernière, pour occuper en priorité le terrain, avaient quelque peu levé le pied depuis lors en se contentant d'une forme de veille médiatique. Leur engagement va redémarrer début avril, mais les forums et les débats publics commencent à se multiplier à partir de cette semaine déjà. Les conseillers fédéraux vont entrer tour à tour dans l'arène. Micheline Calmy-Rey, qui s'est déjà exprimée à quelques reprises en Suisse alémanique, était mercredi soir à Lausanne, au Palais de Beaulieu, l'hôte du Centre patronal. Pour sa première grande intervention publique en Suisse romande. Elle interviendra à nouveau sur le sujet au début avril à Bâle. En avril toujours, son collègue Joseph Deiss sera présent à Schwytz, comme Samuel Schmid, et à Coppet. D'ici au mois de juin, tous les conseillers fédéraux sauf Christoph Blocher devraient s'engager sur le terrain, pratiquement dans tous les cantons.

Quelque 350 personnes étaient présentes mercredi soir à Beaulieu et c'est donc devant un échantillon très représentatif de l'establishment politico-économique vaudois que la ministre des Affaires étrangère a délivré son credo sur Schengen/Dublin et l'extension de la libre circulation des personnes. Ce public exigeant a paru convaincu par un exposé engagé, solidement charpenté et argumenté, à peine déçu par une tendance à répondre un peu à côté des questions. Même si l'on refuse de spéculer sur les réactions de l'UE, on peut dire qu'un refus de l'extension de la libre circulation serait lourd de conséquences pour la Suisse, l'UE ne pouvant accepter une différence de traitement entre ses membres. Est-ce que nous aurions admis, s'interroge Micheline Calmy-Rey, que l'UE accorde la libre circulation aux cantons alémaniques et pas aux Romands?

Il ne fait aucun doute que les opposants à Schengen/Dublin auront recueilli les 50 000 signatures nécessaires au 31 mars. L'ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre), qui se prépare à cette bataille depuis des années, a la coquetterie, contrairement aux Démocrates suisses qui ont annoncé l'aboutissement de leur référendum contre l'extension de la libre circulation des personnes, de ne pas communiquer avant l'expiration du délai légal. Quant à l'UDC, son partenaire dans le refus, elle se contente pour l'instant de rédiger un flot de communiqués et de services de presse, dont l'impact ne dépasse guère les limites du site internet du parti. Elle a notamment tenté, sans succès jusqu'ici, d'embrayer sur le scandale des visas attribués à la légère à des ressortissants d'Europe de l'Est qui secoue actuellement l'Allemagne. Micheline Calmy-Rey a quant à elle évoqué spontanément la question mercredi à Lausanne, en rappelant que la Suisse pourra, si elle soupçonne des abus, demander à être consultée sur les demandes de visas, y opposer son veto ou refuser l'entrée aux intéressés. Le visa Schengen, a-t-elle rappelé, ne donne de toute façon pas le droit de travailler et il y a d'autres mesures pour lutter contre le travail au noir que les contrôles à la frontière. Contrainte d'admettre sa division sur la libre circulation des personnes, l'UDC entend au contraire afficher une unité sans faille sur Schengen/Dublin et a réduit à néant les velléités d'indépendance des quelques francs-tireurs potentiels qui n'étaient pas totalement convaincus par les arguments de la direction.

La faible mobilisation des adversaires comme des partisans de Schengen/Dublin au cours des dernières semaines n'a pas empêché l'opinion publique d'amorcer une évolution. La majorité extrêmement favorable enregistrée en octobre dernier a quelque peu fondu depuis lors. Selon les sondages de l'Institut gfs pour la SSR, le pourcentage des personnes favorables à l'adhésion de la Suisse aux accords de Schengen/Dublin a passé de 69 à 59% alors que le nombre des opposants augmentait de 17 à 23%. Ce sont les membres du Parti radical qui sont le plus convaincus (avec 86% de partisans), devant les socialistes (83%) et les démocrates-chrétiens (62%). On n'observe pas de fossé linguistique entre Romands et Alémaniques, mais seuls 49% des Tessinois, toujours sceptiques face à ce qui relève de l'UE, sont favorables à Schengen/Dublin.