Le premier combat écologiste de l’année 2020 est lancé: la révision de la loi fédérale sur la chasse. A l’origine soutenue par les associations de protection de la nature, la réforme juridique avait fini par tourner casaque au parlement l’année dernière pour aboutir à un résultat soutenu par les partis bourgeois facilitant le tir du loup. Après l’aboutissement d’un référendum lancé par la gauche, le Conseil fédéral justifiait ce jeudi la nécessité de la nouvelle régulation. Des dizaines d’heures de débat houleux avaient été nécessaires pour se mettre d’accord au parlement. Dès lors, la campagne populaire s’annonce mouvementée. Le peuple se prononcera le 17 mai.

Tirer le loup sans qu’il ait commis de dégâts

«Il y a de plus en plus de loups en Suisse et c’est une bonne chose, s’est réjouie ce jeudi Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale chargée du dossier. Toutefois, leur population s’est multipliée par huit depuis la première meute observée en 2012, pour aujourd’hui totaliser 80 spécimens sur notre territoire. Ces derniers tuent chaque année entre 300 et 500 chèvres et moutons, ce qui inquiète les populations de montagne. Nous nous devons de leur apporter des réponses, ce dont se charge la réforme sur la table.»

La loi actuelle date par ailleurs de 1985, époque à laquelle aucun loup ne peuplait la Suisse, a précisé la présidente de la Confédération: «Il est temps de la changer.» L’annonce a été saluée par les partis bourgeois et la Société suisse d’économie alpestre, qui a souligné la «menace existentielle» représentée par le prédateur sur l’agriculture de montagne.

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Férocement critiquée par les écologistes, la révision législative prévoit que les cantons puissent autoriser les «régulations» sans passer par la Confédération, comme l’usage le voulait jusque-là, et cela de manière «préventive», autrement dit sans que les loups aient encore commis le moindre dégât.

Une adaptation du droit que les Verts, les Vert’libéraux, le PS, une partie du PLR, Pro Natura et le WWF jugent «scandaleuse» au vu de l’état actuel de la biodiversité suisse. D’autres animaux pourraient de plus rejoindre la liste des espèces susceptibles d’être tirées à titre préventif, dénoncent les opposants au nouvel article, qui soulignent que les loups sont également sources de bienfaits dans certaines régions de Suisse, notamment dans les Grisons, où ils permettent une régulation naturelle des ongulés particulièrement salutaire aux forêts.

La biodiversité suisse dans un état «dramatique»

Consciente de s’aventurer sur un terrain glissant en période de forte mobilisation écologique, Simonetta Sommaruga a également présenté plusieurs programmes prévus par la loi conférant davantage de protection aux animaux: «Les paysans devront désormais construire des clôtures et recourir à des chiens s’ils veulent toucher des indemnités pour les bêtes tuées, 12 espèces de canards sauvages seront mieux protégées et plusieurs millions de francs seront mis à disposition des cantons afin de développer de nouveaux corridors pour la faune.» Des mesures compensatoires qui n’ont clairement pas convaincu ses adversaires politiques.