Il était temps. Dernier canton romand à ne pas avoir de programme de dépistage systématique du cancer du sein, Neuchâtel fera le pas le 1er janvier 2007. Le projet sera mené en collaboration étroite avec le canton du Jura, qui dispose de son propre programme depuis le mois de mai 2005. Il permettra aux 27500 femmes de 50 à 70 ans des deux cantons de se faire dépister gratuitement.

Soucieux de garder un maximum de souplesse, les deux cantons ont créé une association. Le siège du «Centre de dépistage du cancer du sein Jura-Neuchâtel» sera installé à Delémont. Doté de 2,3 postes, il gérera l'envoi d'invitations personnalisées pour les femmes concernées, leur offrant une liste des instituts de radiologie accrédités dans les deux cantons. Effectuées tous les deux ans, les mammographies seront contrôlées par deux radiologues au moins.

Détaillé hier lors d'une conférence de presse, cet aboutissement semblait improbable il y a dix mois encore. En août 2005, le Conseil d'Etat neuchâtelois décidait de retirer le rapport du précédent gouvernement qui demandait 1,4 million pour réaliser le projet. Motif avancé: vu ses difficultés financières, le canton ne pouvait pas se permettre d'offrir une nouvelle prestation à la population.

Coup de théâtre quelques jours plus tard: le conseil d'administration de la Banque Cantonale Neuchâteloise (BCN) décidait d'octroyer «un don exceptionnel» de 1,4 million afin que l'Etat puisse réaliser le programme.

Incertitudes financières

Malgré ce cadeau du ciel, la pérennité du programme neuchâtelo-jurassien n'est pas assurée. «On ne sait pas si l'assurance de base continuera à prendre en charge 90% du coût des mammographies après le 31 décembre 2007, souligne le ministre neuchâtelois de la Santé, Roland Debély, venu présenter le projet sans son homologue jurassien, Claude Hêche. Si ce n'est pas le cas, cela entraînera une charge supplémentaire de 600000 francs par an pour le canton. On ne peut donc pas garantir que le projet sera poursuivi en 2008.»

Autre incertitude: le don de la BCN permettra de couvrir les frais de fonctionnement de l'association pendant quatre années, contre cinq prévues initialement. Après cela, l'Etat de Neuchâtel devra payer lui-même 350000 francs par an. Même si son horizon budgétaire devrait s'éclaircir en 2010, année prévue du retour à l'équilibre, il n'est pas certain qu'il puisse faire face.

Roland Debély se veut malgré tout optimiste. Selon lui, il est primordial de continuer à œuvrer dans un domaine qui constitue «une priorité en matière de santé publique». Le dépistage systématique permet de réduire de manière notoire la mortalité des femmes touchées par le cancer du sein. Selon des études réalisées dans des pays qui possèdent un recul plus important que la Suisse, cette baisse peut atteindre 35%.