Marie-Françoise Perruchoud-Massy est-elle une trouble-fête ou l'effigie d'un combat d'avant-garde? Au nom d'un Valais, dit-elle, «prêt à faire accéder, enfin, une femme au gouvernement» (il est l'unique canton suisse à n'en avoir jamais connu), la candidate a fait l'impasse sur le grand rendez-vous de son district de Sierre, mardi soir: elle a refusé la présélection qui devait l'opposer à Jacques Melly, député, entrepreneur et président de la télévision locale Canal 9.

Quoique conforme aux statuts, son geste renie les principes démocratiques du PDC valaisan. Marie-Françoise Perruchoud-Massy ira devant le Congrès cantonal le 6 juin sans l'appui officiel de son district.

Dix ans en retrait de la politique

Qui est-elle pour s'offrir des passe-droits là où les plus expérimentés se soumettent honorablement aux règles? Comme Christophe Darbellay, qui a battu la semaine dernière devant le district de Martigny son rival, Nicolas Voide (LT du 15.05.2008)? Sur le papier, Marie-Françoise Perruchoud-Massy a un parcours politique des plus exhaustifs pour la fonction qu'elle convoite. D'abord conseillère communale, elle a été successivement députée au parlement cantonal et cheffe de groupe. Elle a également un CV bien fourni. Docteur en économie et directrice de l'Institut Economie et Tourisme à la HES-SO à Sierre, elle siège à la vice-présidence de l'Union suisse des banques Raiffeisen.

Sur le fond, ses adversaires relèvent ses scores régulièrement moyens au niveau électoral. Et elle ne bénéficie pas du soutien indéfectible des gens de sa région. On la taxe parfois même d'impopulaire.

Retour de sabbat

Après une dizaine d'années «sabbatiques», en retrait du monde politique pour «lire, réfléchir à ce que le Valais, et, avec lui, le monde devenait», elle revient aujourd'hui sur le devant de la scène pour combattre de vieilles mœurs qui minent l'opportunité d'une candidature féminine au sein du parti majoritaire. Ses constats sont élémentaires: «Le Valais a changé. Le PDC régresse régulièrement depuis dix ans. Il doit se remettre en question, élargir ses positions. Il a trois manières d'élargir ses positions: des jeunes, des femmes ou des secundos», résume-t-elle.

C'est, en somme, un processus bien rodé au sein du PDC valaisan que la candidate solitaire remet en cause. Une baffe électorale face à Jacques Melly aurait anéanti sa candidature devant le congrès. Elle l'a compris. Même si, officiellement, elle justifie son geste par sa foi dans l'ouverture. «C'était le seul moyen de défendre la liste ouverte avec cohérence», argumente-t-elle dès lors. Le PDC du Valais romand est en fait tiraillé entre deux positions: le verrouillage et l'audace; le statu quo et la prise de risque. Ce qui se traduit, dans le jeu politique, par un dilemme entre deux stratégies: la liste fermée et, respectivement, la liste ouverte.

Sur la question, le parti cultive quelques contradictions: son président, Raphy Coutaz, est un fervent défenseur de la liste ouverte, alors que l'aile droite conservatrice milite pour la liste fermée. Les membres du PDC auront à en décider le 6 juin.

Les deux stratégies ont leurs avantages et leurs inconvénients. Une liste fermée limiterait le choix, devant le peuple, à deux candidats -un pour le Bas et un pour le Centre. Elle promettrait une élection plus que convenue. Tandis qu'une liste ouverte à quatre candidats offrirait un véritable choix démocratique jusque dans les urnes. Y compris celui d'élire une femme, celle que l'on sait.

Darbellay pour une liste ouverte

La liste ouverte comporte en revanche plusieurs risques. Une concurrence exacerbée entre quatre candidats désignés pourrait nuire au siège d'un élu en place. Christophe Darbellay plaide d'ailleurs pour une liste ouverte, mais avec quelques réserves: «Ce serait le moment pour une liste ouverte. Il n'y a pas de candidat sortant au PDC romand, nous pourrions offrir un véritable choix. Mais cela pourrait compromettre le siège haut-valaisan de Jean-Michel Cina. Il faut donc garantir qu'au deuxième tour deux candidats se retireront. Ceux, dans le Bas et dans le Centre, qui auront récolté le moins de suffrages.»

De son côté, Marie-Françoise Perruchoud-Massy nourrit le combat de l'ouverture pour justifier ses incartades; mais vont-elles seulement lui bénéficier? La candidate de Chalais n'a pas gagné la légitimité de son district. Elle a assurément fâché ou vexé certains membres. Christophe Darbellay, lui-même, regrette le choix de sa collègue de parti: «J'estime qu'il faut se soumettre aux principes démocratiques du parti. Se retirer à trois jours du scrutin est une stratégie pour le moins étrange. Aujourd'hui, Jacques Melly a gagné sa légitimité devant le district, c'est une évidence...»

En cas d'échec le 6 juin, la Chalaisarde laisse penser qu'elle se présentera aux urnes en dissidente. Ce serait, en définitive, le seul moyen de constater si le peuple est vraiment prêt à asseoir une femme au gouvernement. Et si, par-dessus tout, il juge que Marie-Françoise Perruchoud-Massy en a les traits.

Sur ce dernier point, la candidate a le discours qui sonne comme un slogan de campagne: «Je n'ai pas mis des pions partout, je n'ai pas tout planifié depuis dix ans. Je suis simplement la candidate de ceux qui s'adaptent à notre temps.»