élections fédérales

Ces candidats misent sur l’originalité pour se démarquer

En campagne, les candidats rivalisent d’idées pour se démarquer. Une technique qui sert à construire leur futur politique

Sur la route reliant Le Sepey aux Diablerets, mercredi matin, des sabots claquent sur le macadam. Deux chevaux tirent une calèche de laquelle dépassent quelques boucles blondes. Une reprise de La petite maison dans la prairie? Non, une candidate en campagne.

Depuis le 26 août, la députée PLR Laurence Cretegny parcourt en attelage chacun des districts du canton de Vaud. Pendant e d’autres accaparent les plateaux TV ou assaillent de pamphlets les boîtes aux lettres de leurs électeurs, la défenseuse des paysans, elle, trotte. «Je ne distribue peut-être qu’une dizaine de dépliants par jour, mais à des personnes avec qui j’ai discuté, qui se souviendront de moi et qui ne sont pas forcément de mon parti», avance Laurence Cretegny.

Sortir du lot

Privilégier ainsi «l’offensive douce» suffit-il seulement à se démarquer de la masse des candidats? «Pour être élu, il faut être connu de l’électeur», résume le politologue de l’Université de Lausanne Georg Lutz. «Je vois divers moyens de sortir son nom du lot. Certains candidats, comme Fathi Derder, étaient connus avant de se lancer en campagne. D’autres s’appuient sur d’importantes ressources monétaires.» Le Zurichois Hans-Ueli Vogt, candidat UDC au Conseil des Etats, était inconnu du grand public il y a quelques mois. Les sommes investies par son parti avaient pour but de diffuser son image le plus largement possible. Les efforts ont payé: son nom, outre-Sarine, est aujourd’hui mis à toutes les sauces. «Et puis il y a les candidats qui misent sur l’originalité de leur campagne», reprend Georg Lutz. «C’est une jolie stratégie. De là à savoir si cela suffit pour être élu…»

«C’est une jolie stratégie. De là à savoir si cela suffit pour être élu…»

Selon les calculs du politologue, 3800 candidats se disputent une soixantaine de sièges. «Une très grande partie des candidats n’ont aucune chance d’être élus. Mais l’enjeu se situe au-delà des élections fédérales d’octobre. En faisant campagne, les candidats investissent dans leur futur politique.»

Faute d’argent, la créativité

L’originalité remplacerait-elle les dépenses croissantes d’une campagne? Laurence Cretegny estime ses dépenses à 3000 francs, ferrage de cheval inclus. Yannick Buttet, qui n’a pas de problème de notoriété, assure que les sommes qu’il a injectées personnellement dans sa campagne se montent à moins de 1000 francs. Il n’en déplore pas moins que «la réalité, malheureusement, veut que ce soient les candidats aux plus gros budgets qui ont le plus de chances d’être élus. Les vidéos bien léchées, les cadeaux, les affiches: ça marche auprès des électeurs.» Mais le Valaisan mise sur une autre sorte de matériel promotionnel. «La population attend qu’on lui amène des idées. Il s’agit de penser de manière moderne et innovante», se flatte-t-il. C’est le message qu’il a voulu faire passer avec sa vidéo The Vote. Inspiré par l’émission à succès The Voice, Yannick Buttet s’est installé face au monument des trois Suisses, sous la coupole fédérale, pour tourner sa parodie. «C’est un clin d’œil à ceux qui me reprochent un manque d’humour. Et puis tout le monde rivalise d’idées en campagne, on doit réussir à sortir du lot!»

 

Le pari est gagné lorsqu’avec un budget minimal, la vidéo fait le buzz. Georg Lutz rappelle les règles du jeu. «Pour être élu, vous devez avoir plus de vote de préférence que les autres candidats sur la même liste. Il faut donc être cumulé – et donc d’autres candidats seront biffés – ou être panaché. Une campagne personnelle a exactement ce but.»

Après deux campagnes traditionnelles qu’il a menées pour les municipales, Sylvain Thévoz a eu envie de «s’aérer». Le candidat socialiste genevois sonne à une porte de la rue Saint-Jean, un sac de provisions dans une main, ses poêles dans l’autre.

 

Ce soir, il cuisine pour des inconnus. Ce sera salade, fromage et rösti, pas de raison de laisser le monopole du patriotisme aux partis traditionnels. Autour de la table, ils seront douze à le questionner sur sa politique. «Ainsi, je sors de ma tour d’ivoire, je bouscule mes lignes et tente de me dépasser. Je ne sais pas chez qui je tombe, je peux me retrouver face à des MCG qui m’ont invité pour me coincer.» Le candidat dit ne pas vouloir entrer dans une logique calculatrice: «Je touche sûrement moins de gens que si j’envoyais une lettre à 10 000 électeurs, mais ça n’aurait pas la même saveur.»

Privilégier «l’offensive douce» suffit-il à se démarquer de la masse des candidats?

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