Elections valaisannes 

«La candidature de Nicolas Voide révèle un profond malaise au PDC»

Candidat au Conseil d’Etat sur la même liste qu’Oskar Freysinger, un député PDC fait sensation dans la campagne électorale. S’exprimant sur ce «coup de tonnerre», le sénateur Jean-René Fournier en profite pour critiquer Christophe Darbellay

En faisant acte de candidature au Conseil d’Etat valaisan sur une liste «Ensemble à droite», aux côtés des UDC Oskar Freysinger et Sigrid Fischer-Villa, le PDC Nicolas Voide fait sensation dans la campagne électorale qui commence. Cet avocat, qui vient de terminer son année de présidence du Grand Conseil, sera directement confronté lors du premier tour de mars prochain au candidat officiel du PDC, Christophe Darbellay. Seul l’un des deux hommes pourra représenter leur district commun de Martigny. Conseiller aux Etats et ancien ministre cantonal, personnalité de référence du PDC valaisan et figure de son aile conservatrice, Jean-René Fournier répond aux questions du Temps.

Le Temps: Avez-vous été surpris vous aussi par la candidature de Nicolas Voide et quelle a été votre réaction à sa démarche?

Jean-René Fournier: Sa candidature en elle-même ne m’a pas surpris, tant sa volonté d’être candidat au Conseil d’État est de notoriété publique. La manière (sur la liste «Ensemble à droite») est plus surprenante. Mais il est vrai qu’en se présentant seul ses chances seraient nulles.

- N’accepte-t-il pas d’être l’instrument d’Oskar Freysinger?

- J’ai lu comme vous qu’Oskar Freysinger aurait pris l’initiative de cette alliance. Mais si le politicien UDC pense pouvoir se servir de son nouveau colistier, il s’illusionne. Nicolas Voide est connu pour son caractère et son indépendance d’esprit. Et contrairement à Oskar Freysinger, il n’est pas imprévisible.

- Selon vous, quelle est la motivation de Nicolas Voide?

- Il y a chez lui de la frustration face à la manière dont les candidatures officielles du PDC ont été organisées. Mais je crois à la sincérité de sa démarche. C’est un homme de principes, qui va continuer à défendre les valeurs du PDC.

- Au fond, comme représentant de l’aile conservatrice du PDC, vous l’approuvez!

- Je ne prétends pas que son irruption dans la campagne ne pose pas de problème au parti. Mais il ne sera pas isolé. Sa démarche est révélatrice d’un malaise beaucoup plus large dans le parti. La composante conservatrice n’a pas bénéficié d’une égalité des chances face à la composante chrétienne-sociale. Ce que j’applaudis, c’est le choix qu’offre la démarche de Nicolas Voide au Bas-Valais. Sans lui, les PDC d’âme conservatrice n’ont aucun candidat dans cette région.

- Cela ne renvoie en tout cas pas une bonne image du PDC, si les coups contre le candidat Christophe Darbellay viennent de l’intérieur…

- L’apparente infidélité de Nicolas Voide trouve son origine dans la réelle infidélité de Christophe Darbellay au PDC du Valais romand. Je vous rappelle que, alors qu’il présidait le PDC Suisse, Christophe Darbellay a fortement mis la pression, en 2013 et 2015, pour s’imposer comme candidat en critiquant les actuels représentants du parti au Conseil d’Etat.

- A vous entendre, c’est Christophe Darbellay qui divise plutôt que Nicolas Voide…

- En tout cas il serait plus rassembleur s’il n’avait pas tant attaqué les personnes en place de son parti, je pense notamment à Maurice Tornay, récemment qualifié par PME Magazine de «meilleur chef de département des finances».

- La récente paternité extraconjugale de Christophe Darbellay peut-elle lui faire du tort électoralement parlant?

- Franchement, je ne crois pas que ce soit un sujet. Chez les conservateurs en tout cas, nous avons un grand respect de la vie privée et de la conscience de chacun.

- Trouvez-vous vraiment, comme Nicolas Voide et Oskar Freysinger, que le collège est dominé par une «sensibilité de centre gauche»?

- Il risque fortement de l’être, si vous mettez dans un exécutif de cinq personnes deux chrétiens-sociaux (les candidats PDC Christophe Darbellay et Roberto Schmid, ndlr) et un(e) socialiste. Ne demandez pas à un PDC conservateur de penser au centre gauche! Cela ne concerne pas que les sujets de société: même pour la conduite du budget de l’État nous n’avons pas la même approche.

- Si l’on en croit la liste «Ensemble à droite», le PDC officiel fait partie d’une «droite néolibérale mondialiste» aussi détestable que la gauche internationaliste. Partagez-vous cette vision des choses?

- Non, elle ne me paraît correspondre ni à la ligne du PDC Suisse ni à celle du PDC du Valais romand. Nous mettons au contraire l’homme et la petite entreprise familiale au centre de nos préoccupations.

- Quelles chances donnez-vous à Nicolas Voide contre Christophe Darbellay?

- Face à la bête électorale qu’est Christophe Darbellay, les chances de Nicolas Voide sont aujourd’hui très restreintes, si l’on est réaliste. Mais cela dépendra de sa campagne. En fin de compte, même si cet épisode reste anecdotique, les Valaisans auront pu choisir entre deux attitudes et deux catalogues de valeurs.

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