La candidature UDC à l'exécutif de Genève brouille les cartes au sein de la droite

Le parti de la droite nationaliste lance Eric Ischi dans la course au Conseil administratif de la Ville.

«Cette élection nous donne des responsabilités d'autant plus grandes que demain, peut-être, nous serons au Conseil administratif.» Après son entrée en force aux conseils municipaux de Genève (9 sièges) et de Vernier (3 sièges) lors des élections municipales de dimanche, l'UDC nourrit des ambitions. En Ville de Genève, elle lance ainsi Eric Ischi, ancien directeur du Service des sports au sein du département du maire communiste actuel, André Hediger. Parmi les candidats à l'exécutif de la Cité de Calvin, il est le deuxième mieux élu de la droite (3636) après le libéral sortant Pierre Muller (5791 suffrages). Après avoir placé dix représentants au Grand Conseil en octobre 2001, l'UDC continue son implantation au bout du lac. Presque sans mener campagne, le parti s'est appuyé sur le «label» UDC Suisse, très «vendeur» actuellement. Les démocrates du centre ont aussi cristallisé «le vote individualiste du repli».

Dans la perspective de l'élection au Conseil administratif du 4 mai prochain, la présence d'Eric Ischi ne va pas sans brouiller sérieusement la donne à droite. Surtout si – ce qui est le plus probable –, l'Entente bourgeoise part sans l'UDC. Car même si les libéraux ont gagné globalement 5 sièges dans tout le canton, empiétant sur l'électorat radical et PDC dans certaines communes suburbaines, ils sont en danger à Genève, où Pierre Muller devra se battre pour conserver son siège à l'exécutif. D'autant que si radicaux et démocrates-chrétiens maintiennent leur candidat respectif, Bernard Lescaze (3142) et Guy Mettan (2902), les coups de crayon seront la règle.

Le Parti radical continue sa descente aux enfers. Globalement, il perd près de 15 sièges dans des communes où il était traditionnellement très bien implanté. Sa mauvaise campagne explique en partie cet échec. Mais le parti subit aussi le contre-coup de la non-élection de son candidat François Longchamp lors de l'élection partielle au Conseil d'Etat le 2 mars. Inverser la dynamique de l'échec en un mois ne sera pas tâche aisée.

Bien qu'il ne perde globalement que six sièges, dont trois en Ville de Genève, le PDC a de sérieux problèmes de visibilité. Son candidat au Conseil administratif, Guy Mettan, est en outre le moins bien élu de tous les prétendants à l'exécutif municipal. Des voix aussi bien PDC que radicales commencent d'ailleurs à suggérer de présenter un seul candidat pour les deux partis. Mais c'est oublier «l'inimitié» atavique qui anime encore ces deux formations.

La surprise de ce dimanche électoral vient probablement des Verts, qui progressent fortement dans tout le canton (+17 sièges). Le parti écologiste, dont l'image demeure rafraîchissante en raison de la jeunesse et de la diversité de ses militants, a de toute évidence séduit par un message politique en phase avec les préoccupations des citoyens. Si certains pensent que leur candidat, Patrice Mugny (6414), a un véritable «boulevard» devant lui pour accéder à l'exécutif de la Ville, d'autres, le trouvant davantage rouge vif que vert, estiment qu'avec «son côté doctrinaire», il rompt avec la convivialité consensuelle du parti.

Bénéficiant de la grande visibilité de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, ex-patronne des Finances genevoises, et des retombées de l'élection de Charles Beer au Conseil d'Etat, les socialistes remportent un succès indiscutable (+25 au total) et récoltent les fruits d'un positionnement porteur en période d'incertitude de l'emploi. Leur magistrat, Manuel Tornare, devrait être le seul à ne connaître aucun problème de réélection.

A l'extrême gauche, le constat est grave. L'Alliance de gauche (AdG) et le Parti du Travail (PdT) perdent 15 sièges et plus au total. Malgré ou peut-être à cause de la conjoncture, leur populisme a été sanctionné par les électeurs. A Genève, Christian Ferrazino (AdG, 5124) pourrait pâtir de la candidature d'André Hediger, qui, malgré sa position de maire, a obtenu un mauvais score (3148). Au sein de l'Alternative de gauche, qui décide aujourd'hui si elle part à trois ou à quatre pour l'élection du 4 mai, Verts et socialistes réprouvent, sans oser le dire, une candidature du maire. Et si l'AdG et le PdT ne devaient pas s'entendre, les socialistes pourraient bien ne soutenir aucun de leur candidat.

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