Climat

La canicule accélère l’érosion des Alpes et accentue les chutes de pierres

Un rocher a emporté dans sa chute deux alpinistes qui gravissaient le Cervin mercredi. Ces chutes de pierres sont inhérentes à l’érosion des Alpes, mais la canicule accentue le phénomène

Deux alpinistes ont perdu la vie sur le Cervin mercredi matin, emportés par un rocher qui venait de se détacher. Les chutes de pierres durant la journée ont empêché les sauveteurs de se rendre sur les lieux du drame pour récupérer les corps des deux malheureux, ce qui a été fait en soirée.

«Les chutes de pierres, c’est notre hantise. Surtout sur le Cervin», avoue l’alpiniste expérimenté Jean Troillet. Au bout du fil, il se remémore une ascension du mythique sommet, lors de laquelle il avait préféré attendre, avec son client, que les membres du groupe qui venaient de le dépasser soient suffisamment éloignés, pour éviter les cailloux qui se détachaient lors de leur passage.

Au moment où on lui détaille les éléments du drame survenu mercredi sur les pentes du Cervin, surpris, Jean Troillet souffle: «Ça dégèle même là-haut...» Il est vrai que l’accident mortel est survenu à quelques encablures du sommet, à une altitude de 4300 mètres. Et pourtant, cela n’a rien d’exceptionnel. «Tous les étés, il y a des cailloux qui se détachent à cette altitude», souligne Raphaël Mayoraz, le géologue cantonal valaisan.

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La canicule accentue les chutes de pierres

La canicule qui touche notre pays depuis quelques jours accentue le phénomène. Si la plaine est étouffée par la chaleur, avec un record de 38 degrés enregistré mercredi après-midi à Sion, la haute montagne n’est pas épargnée. L’isotherme du zéro degré se situe entre 4600 et 4800 mètres d’altitude, soit au-dessus de la quasi-totalité des sommets des Alpes. A ces températures positives, il faut ajouter le soleil qui réchauffe les pentes. «Ces deux phénomènes entraînent la fonte du permafrost, qui soude les blocs de roches entre eux, ce qui favorise les chutes de pierres» explique Raphaël Mayoraz.

Le géologue précise que le Cervin n’est pas une exception, tous les sommets alpins de haute altitude sont concernés. Si la canicule intensifie les chutes de pierres, elle n’en est toutefois pas la seule cause. «S’il y a des montagnes, c’est qu’il y a de l’érosion. Ce phénomène d’érosion naturelle des Alpes explique les chutes de pierres, insiste Raphaël Mayoraz. Imaginons que normalement, en été, un millier de cailloux se détachent chaque jour d’une montagne, avec la canicule ce chiffre atteindra peut-être 1100 ou 1200. Elle ne fait qu’accélérer le mouvement.»

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Une isotherme du zéro degré toujours plus haute

Avec la répétition des épisodes caniculaires, le mouvement devrait continuer de prendre de l’ampleur. «Les fortes chaleurs sont beaucoup plus fréquentes depuis la fin des années 1980, confirme Nicolas Borgognon de Meteonews. Depuis 2015, chaque été a connu son épisode caniculaire.» Avec un effet direct sur l’isotherme du zéro degré: «En trois décennies environ, la moyenne estivale de cette isotherme a grimpé de 300 à 500 mètres. S’il arrivait régulièrement par le passé qu’elle passe la barre des 4000 mètres, il était rare qu’elle se situe au-dessus de 4500 mètres. Aujourd’hui, ça l’est de moins en moins», constate le météorologue. Fin juin, lors du précédent épisode caniculaire, les températures étaient même positives jusqu’à 5000 mètres. Plus haut que le Mont-Blanc, le toit de l’Europe, qui culmine à 4809 mètres.

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