«Borgeat: (masc. uniquement) – conjonction de décoordination, ou adv. de lieu à éviter.» Vu par le journal du dernier carnaval montheysan, qui avait présenté un «dico de la vallée», l'entrepreneur de Champéry Guy Borgeat, patron d'une PME installée en plaine, est un peu devenu, là-haut, l'ennemi public numéro un.

Président de Pro Natura Valais depuis quelques mois, il multiplie en tant que riverain, son chalet étant situé sur les pistes, les attaques contre les canons à neige de la société Télé Champéry Crosets Portes du Soleil (TCCPS). L'an dernier, Guy Borgeat et les associations écologistes avaient enfin obtenu que l'ensemble des travaux effectués par TCCPS depuis le début de la décennie soient mis à l'enquête (voir encadré).

Chose faite le 16 juillet dernier. A l'arrivée, «une avalanche d'oppositions»: en plus de celles du WWF, de Pro Natura et du CADE-HL (Comité d'action pour la défense de l'environnement du Haut-Lac), 14 dossiers sont parvenus à l'administration communale émanant essentiellement de riverains agriculteurs. Et, bien sûr, de Guy Borgeat, un Champérolain de souche: ses parents possèdent deux magasins de sports, l'un au centre de la station et l'autre… au départ de la télécabine Champéry-Planachaux! Cette attitude de franche opposition n'est donc pas toujours évidente à vivre. L'hiver dernier, Guy Borgeat a vu l'accès à son chalet coupé par des murs de neige dus aux canons. Pour protester, il avait réveillé en pleine nuit toute la station à coups de klaxon. «Je dois faire face à de nombreuses pressions. J'ai été par exemple agressé dans un bistrot par un responsable des remontées mécaniques. L'affaire s'est terminée en pugilat. Résultat: 1-0 pour Borgeat.»

Ce qui ne l'a pas empêché, hier, entouré du président du CADE-HL, Georges Vionnet, et des deux agriculteurs, Reynald Gex-Collet et Fernand Marietan, de redire tout le mal qu'il faudrait penser de ces fameux canons: «Bruits, parasites électriques, travaux exécutés sur des terrains privés sans autorisation des propriétaires, utilisation de produits bactériologiques, retard provoqué dans la végétation, ce qui affecte l'agriculture, gaspillage des ressources en eau, risques d'érosion et de glissements de terrain.»

Les agriculteurs, eux, craignent surtout une pollution de leurs sources par les adjuvants chimiques. Et puis Reynald Gex-Collet montre des photos où l'on voit son chalet au printemps, au milieu de prés verts coupés par une bande blanche: la route toujours enneigée et qui sert en hiver de piste arrosée par les canons. Les riverains ont également constaté dans leur chalet, lorsque les canons sont en marche, un abaissement de la température et une augmentation du taux d'humidité.

Enfin, la mise à l'enquête déposée à la commune, consistant en une simple étude d'impact, ne satisfait pas les écologistes: «Il n'y a aucun plan d'ensemble complet, pas de plans de détail pour les aménagements. Le dossier doit être renvoyé et refusé.»

«Un conflit de personnes»

Président de la commune et membre de facto du conseil d'administration de TCCPS, le député démocrate-chrétien Georges Marietan s'explique: «Depuis 1992, la commune n'a donné que des autorisations provisoires, en attendant de voir, car on entendait tout et n'importe quoi sur les effets des canons. L'attitude de Guy Borgeat relève, elle, d'un conflit de personnes. Il n'a pas supporté que le Tribunal fédéral confirme la fermeture en hiver de la route d'accès à son chalet. Depuis, il a déclaré la guerre à toute forme d'enneigement artificiel. Il faut savoir que cette route est une piste importante qui permet de rallier la station à skis.»

Pour autant Georges Marietan s'avoue partisan «d'une régularisation concertée des installations», mais «craint des oppositions de principe». Cependant, il admet qu'il «faudrait mieux redéfinir l'emploi des canons, capital en début de saison. Au printemps par contre, vouloir prolonger indéfiniment jusqu'en mars ou avril l'enneigement de certaines pistes n'est pas franchement nécessaire et retarde l'accès des paysans à leurs alpages.»

Le dico de la vallée, lui, à la rubrique «avoir une autorisation de construire» donnait cette définition: «(expression populaire et fréquente) aller boire un verre avec Georges M.»