Constellation de microrégions aux identités fortes et peu perméables, le canton de Berne souffre de l'archaïsme de ses structures: 26 districts et autant de clochers. «Toute tendance à la centralisation est difficilement perçue et on se montre méfiant envers les villes», explique le politologue Hans Hirter.

C'est dans cet environnement a priori hostile que le gouvernement lance d'importantes réformes: le Grand Conseil l'a appuyé en ramenant les tâches administratives décentralisées à cinq circonscriptions. Le Conseil d'Etat propose désormais de découper les 5959 km2 du territoire cantonal, habité par 950 000 habitants, en six régions, recoupant les actuelles conférences régionales des transports, articulées autour de pôles urbains (Berne, Thoune, Interlaken, Berthoud, Langenthal et Bienne), et présentant d'évidents intérêts communs.

A la tête de chaque région, une Conférence régionale, au sein de laquelle siégeront les maires de la région, avec pondération de leur voix en fonction du poids démographique de leurs communes. Berne délègue trois compétences: l'organisation des transports, la politique d'urbanisation, le subventionnement culturel. L'objectif consiste à accroître la fonctionnalité des agglomérations et des régions rurales, «les stratégies de transports ne s'arrêtant pas aux portes des agglomérations», relève la conseillère d'Etat Barbara Egger-Jenzer. Les conférences régionales remplaceraient la multitude d'organes de coopération intercommunale. L'action des conférences pourra être élargie à la coordination des équipements sportifs ou à la promotion économique.

Les maires des 400 communes bernoises deviendront ainsi autant de moteurs du développement des agglomérations et des régions. «Ils le feront, forts d'une légitimation démocratique solide, explique le ministre Werner Luginbühl. Les conseils communaux pourront leur imposer des consignes de vote, en fonction des objets traités. La conférence régionale ne siégera que deux à quatre fois par année, afin de prendre des décisions de portée stratégique, qui seront ensuite contraignantes.» Le canton et le Grand Conseil gardent toutefois leurs prérogatives.

Verdict populaire

Berne ajoute une mesure de démocratie à son modèle: la constitution d'une conférence régionale sera soumise au verdict populaire. A l'exception des planifications de transports, les décisions de la conférence seront soumises au référendum facultatif.

L'agglomération bernoise et ses 99 communes ont pris les devants. Le processus progresse à satisfaction. Le projet bernois suscite l'intérêt de la conférence tripartite sur les agglomérations, qui réunit la Confédération, les cantons et les villes.

Berne estime que son modèle, qui mêle volontarisme, efficace et flexibilité, a plus de chances d'aboutir que le «modèle du Grand Fribourg», jugé trop lourd, ou les fusions de communes suburbaines avec les centres, délicates psychologiquement et complexes sur les questions financières. La réforme n'en est qu'à ses balbutiements: une consultation donnera le ton. Suivra un processus de modifications constitutionnelles et votation populaire. Les premières conférences régionales ne seront pas opérationnelles avant 2008.