Trop strict et restrictif, plus adapté à l'air du temps, l'actuel Code civil suisse qui, à son article 101, régente le cadre d'une célébration de mariage. C'est ce qu'estime le canton de Berne. Il lance un projet pilote qui démarrera en juillet prochain dans l'Oberland. Les cérémonies de mariage pourront être organisées dans des sites touristiques sélectionnés: dans des châteaux, sur les montagnes ou les lacs. Au diable la prescription fédérale qui stipule que «le mariage est célébré dans la salle des mariages de l'arrondissement de l'état civil».

«Nous avons régulièrement des requêtes d'indigènes et d'étrangers qui souhaitent se marier dans les montagnes réputées de l'Oberland», affirme Walter Grossenbacher, du Service bernois de l'état civil. «Après le pont de Lucerne, notre offre de célébration d'un mariage sur la montagne du First, face à l'Eiger, à la Jungfrau et au Mönch, est la plus demandée en Suisse, notamment par les touristes japonais», corrobore Samuele Salm, directeur de l'Office du tourisme de Grindelwald. Le programme prévoit une montée à la petite chapelle en télécabine spécialement aménagée, avec des peluches, des dorures et des supports pour les verres de champagne.

Mais, pour que le mariage soit valable, il doit avoir été célébré préalablement dans la salle officielle de la municipalité. «Notre projet prévoit que la cérémonie puisse se tenir hors les murs traditionnels de l'état civil», précise Walter Grossenbacher.

Le canton de Berne entend exploiter au maximum «l'étroite marge de manœuvre laissée par la législation fédérale». Que Martin Jäger, de l'Office fédéral de l'état civil, rappelle: «Il n'est pas admissible de célébrer le mariage hors des bâtiments. Dans un château, peut-être, ça se fait à Bâle-Campagne. Mais pas sur les montagnes, sur un bateau ou dans un train.» Lorsqu'on lui fait remarquer que les mœurs ont évolué, que nombre de pays admettent le mariage en plein air ou au fond des mers, Martin Jäger précise que le législateur suisse a «posé des limites». Et qu'il n'a pas jugé utile de les modifier lorsqu'il a revu le Code civil en 2000. Le fonctionnaire fédéral fait remarquer que la législation suisse «est dans la norme: Voyez en France, où on ne peut se marier que dans la salle de la mairie.»

Le canton de Berne ne prévoit pas de se mettre hors la loi. Il reconnaît que «les mariages en plein air restent interdits», mais fait une lecture large de la notion de bâtiment officiel. Ainsi, sur une montagne, la célébration devra avoir lieu dans une chapelle, ou un hôtel, ou un château. Si c'est dans un train ou un bateau, «ils devront être immobiles au moment du consentement, afin que la commune de mariage puisse être déterminée avec précision», relève Walter Grossenbacher.

Tout en dépoussiérant le cadre strict du local de mariage, le canton de Berne ne voit aucun obstacle à faire du mariage original un produit d'appel touristique. «Il y a autant de solennité et d'émotion face à la paroi de l'Eiger que dans une salle de municipalité», estime Samuele Salm.

Chef de l'Office jurassien de l'état civil, Jean-Marie Chèvre ne porte pas de jugement sur le projet bernois. Il se contente de rappeler que «le mariage n'est pas un contrat à banaliser; il doit être conclu dans la dignité et dans un cadre convivial». Il faut éviter le «n'importe quoi et le farfelu», mais, dit-il, un canton peut illustrer sa politique d'accueil en proposant des sites originaux.

Le canton de Berne avance un autre argument: il constate que 10% des couples domiciliés sur son territoire vont se marier à l'étranger, selon des rites et dans des cadres moins rigides qu'en Suisse. Et que ces mariages, conclus à Las Vegas par exemple, sont ensuite reconnus par les autorités suisses.

Il lance ainsi un appel d'offres auprès des entreprises touristiques de l'Oberland (en plus de Grindelwald, le Titlis à 3020 mètres, au-dessus d'Engelberg, semble aussi intéressé) pour qu'elles proposent des sites et un concept global de mariage, avec orchestre, excursions et repas, précisant que la manifestation sera à la charge des mariés. Rappelant au passage qu'un mariage classique dans une salle de commune, qui restera possible, ne coûte que 50 francs. Samuele Salm flaire la bonne affaire s'il peut profiler Grindelwald comme site de mariage original: une récente étude montre qu'un couple de moins de 35 ans dépense en moyenne 20 000 francs pour son mariage, un couple plus âgé va jusqu'à 30 000 francs.