Comme le canton de Vaud (LT d'hier), le canton de Berne planche sur une refonte de sa police. Pour sa responsable, la conseillère d'Etat Dora Andres, l'objectif est de pouvoir, bientôt, «mieux répondre aux défis en matière de sécurité» alors même que la petite criminalité ne cesse d'augmenter. Un projet ambitieux qui s'échelonne à plusieurs niveaux. Avec, en filigrane, la possible intégration de la police municipale biennoise, comme c'est déjà le cas de celle de Thoune depuis le début de l'année.

Réunis dans un hôtel de la capitale, plusieurs cadres de la police cantonale bernoise ont profité de la conférence de presse annuelle pour se projeter vers l'avenir. Après avoir énuméré les statistiques de l'année écoulée, ils ont jeté les premiers jalons de la police de demain. Vaste processus d'autoévaluation, le projet AIDA (pour «Analyser», «Intégrer», «Développer» et «Agir») a été lancé il y a quelques mois sous l'impulsion de Kurt Niderhauser, commandant de la police cantonale. Objectif: mettre en évidence les points forts et les points faibles de l'institution, afin de pouvoir lancer la phase opérationnelle dès le printemps 2004.

Dans sa première phase, AIDA a permis de mettre en lumière certains dysfonctionnements. «Nous avons notamment cherché à déterminer où il existait un gaspillage de forces. Par exemple, quand deux hommes de services différents se déplacent pour une même intervention, explique Stefan Blättler, adjoint de Kurt Niderhauser. Avec une question récurrente: peut-on économiser des forces en augmentant les compétences de tel ou tel service.» Le projet devra en outre prendre en compte les mesures d'économie imposées par le gouvernement bernois en novembre 2002. «Nous attendons d'avoir le maximum d'information pour décider quels postes de police vont disparaître sur la centaine qui existent actuellement, continue le vice-commandant. Pour l'instant, je ne peux pas vous en dire plus.»

Cette rationalisation «à l'interne» n'est pas le seul chantier ouvert par Dora Andres et Kurt Niderhauser. Depuis le 1er janvier en effet, la police cantonale a englobé la police municipale de Thoune. Loin des querelles de clocher qui empêchent toute synergie dans le canton de Neuchâtel (LT du 19 mars), cette initiative – annoncée au début des années 1990 par la création de brigades mixtes – rencontre un succès encourageant. Après 100 jours, Erwin Rohrbach, chef de «police Thoune» ne cache pas sa satisfaction: «Bien sûr, il y a eu quelques difficultés. Mais, dans l'ensemble, c'est une réussite. Les anciens policiers accomplissent les tâches de police judiciaire – nouvelles pour eux – avec une routine grandissante. Parmi la population, la présence plus importante de représentants de l'ordre est remarquée.» La nouvelle synergie permet, en moyenne, à trois hommes supplémentaires de patrouiller dans la rue. Un plus bienvenu dans un canton où vols et cambriolages ont augmenté de plus de 20% en 2002.

Pour ne rien gâcher, les policiers se disent satisfaits du changement. «Nous avons eu des entretiens individuels durant lesquels aucune mésentente n'est apparue, souligne Erwin Rohrbach. La crainte de travailler dans une police à deux vitesses en maintenant les anciennes fonctions dans la répartition du travail s'est rapidement envolée.» Au niveau salarial, l'équité est également la règle. Le canton rétribue les agents et la ville paye le service rendu au canton sur la base d'un contrat à durée indéterminée.

L'expérience menée à Thoune donne des idées à d'autres communes. «Nous avons des contacts avec Steffisburg, et je sais que la possibilité sera prochainement évoquée à Langenthal, indique Stefan Blättler. Mais j'insiste sur un point: ce n'est jamais le canton qui fait le premier pas. Nous attendons que les communes se manifestent.» Un appel du pied qui pourrait bientôt trouver un écho favorable du côté de Bienne. Le Conseil municipal doit en effet prendre position sur le sujet ce vendredi. Les députés auront trois options: le statu quo, une fusion de la police urbaine et de la police du feu ou l'intégration, sur le modèle de Thoune.

Conseiller municipal en charge de la police, Jürg Scherrer a déjà fait son choix. «Je préfère de loin la deuxième option. Et ma crainte est que la troisième soit retenue… Bien sûr, l'expérience a l'air de fonctionner à Thoune. Mais le jour où le commandant s'en va, ou le Conseil municipal change, ce n'est pas sûr que ça continue ainsi. A terme, dans certains cas, la police cantonale peut refuser d'intervenir. Car sur le contrat de base, beaucoup d'interventions ne sont pas indiquées noir sur blanc.» Se radoucissant, il conclut: «Orpond, Port et Brügg nous ont chargés de leur sécurité. C'est la preuve qu'ils ont plus confiance en nous qu'en la police cantonale, non?»