Comme si la présente législature n’avait pas été suffisamment chaotique, avec le psychodrame de l’affaire Hainard en 2010, le Conseil d’Etat neuchâtelois vivra une nouvelle période délicate, à partir du 1er août, lorsque le ministre socialiste des Finances Jean Studer se sera retiré pour exercer son nouveau mandat de président du Conseil de la Banque nationale suisse.

Durant trois mois au moins, le gouvernement neuchâtelois fonctionnera à quatre, le temps d’élire le successeur de Jean Studer – l’élection partielle est programmée le 14 octobre, pour autant qu’elle ne soit pas tacite, personne ne semblant contester le siège socialiste qui pourrait revenir au conseiller national Jacques-André Maire. Le libéral-radical Thierry Grosjean, élu en décembre 2010 pour suppléer Frédéric Hainard contraint à la démission, aura la lourde tâche de mener son Département de l’économie et celui des Finances, de la justice et de la police devenu vacant.

A la veille des élections générales d’avril 2013, le Conseil d’Etat amputé devra faire face à deux enjeux majeurs: la votation sur le projet de RER-Transrun, le 23 septembre, et la confection du budget 2013, «exercice délicat» annonce-t-on de toutes parts.

«Il y a de quoi se faire du souci», lance le secrétaire politique de l’UDC, Walter Willener. En coulisse et en «off», nombre d’acteurs politiques et économiques neuchâtelois tirent la sonnette d’alarme. «Les quatre conseillers d’Etat restants n’ont tout simplement pas le calibre, sur le fond et sur la forme, individuellement et collectivement», lâche un ancien magistrat, osant même cette formule: «Sauront-ils au moins éviter d’être sots?»

Un patron d’entreprise ajoute: «Par son expérience, sa stature et ses compétences, Jean Studer tenait le gouvernement. Ses quatre collègues, néophytes, individualistes et flottant dans leurs habits ministériels, auront mille peines à travailler, ne serait-ce que pour expédier les affaires courantes.»

Il est vrai que la socialiste Gisèle Ory, les libéraux Claude Nicati, Philippe Gnaegi (tous trois élus au gouvernement en avril 2009) et Thierry Grosjean sont encore en phase d’apprentissage, ce d’autant qu’ils n’affichaient pas une grande expérience des institutions avant leur élection au Conseil d’Etat. «Leur action est par ailleurs plombée par leur souci majeur, poursuit Walter Willener: leur réélection en 2013.» L’élu UDC fait une critique sans concession: «Tout au plus Philippe Gnaegi s’en sort-il correctement dans son département. Mais Claude Nicati manque de sens politique, Thierry Grosjean d’envie et Gisèle Ory de vision.»

Lacunes au niveau de la collégialité

Un observateur insiste non seulement sur le manque de carrure des conseillers d’Etat restants, «mais aussi, et c’est à mon avis plus grave, sur leur absence de culture de la collégialité et du travail en équipe. Avez-vous remarqué qu’ils parlent souvent à la première personne, et pas au nom du Conseil d’Etat ?»

«Oui, nous sommes quelque peu inquiets, analyse Baptiste Hurni, président du Parti socialiste. Le Conseil d’Etat n’a pas montré une unité à toute épreuve.» Mais il évite de sombrer dans le pessimisme. «Si la mayonnaise gouvernementale n’a jamais vraiment pris, les élus font des progrès, dans leur attitude.» Et d’annoncer que, pour les élections d’avril 2013, le PS, seul ou avec ses alliés de gauche, tentera de reconquérir la majorité gouvernementale en mettant en lice des candidats qui disposent de la plus grande envergure possible», laissant clairement entendre que les quatre magistrats actuels en manquent.

Un député libéral-radical craint une nouvelle crise politique durant la dernière année de législature, surtout si le Transrun devait être rejeté par le peuple », appelant la classe politique neuchâteloise «à un sursaut en vue des élections de 2013. Davantage que des représentants de partis, nous devrons élire des compétences et des personnalités disposées à travailler ensemble pour le bien de l’Etat». «Cette législature des affaires nous aura fait perdre quatre ans», déplore Walter Willener, saluant toutefois la réforme de la fiscalité des entreprises et des personnes physiques.

Président du Parti libéral-radical neuchâtelois, qui occupe trois des cinq sièges du Conseil d’Etat, Damien Humbert-Droz vole au secours des ministres actuels. Estimant en préambule, lorsqu’on lui demande si le Conseil d’Etat peut survivre au départ de Jean Studer, que «les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables» et que le prétendu homme fort du Conseil d’Etat ne laisse pas forcément une situation enviable. «On le vérifiera avec le budget 2013», dit-il.

Il veut croire, une fois Jean Studer parti, «à un rééquilibrage au sein du gouvernement. Une nouvelle dynamique de groupe. Le Conseil d’Etat sans Jean Studer aura l’occasion d’assumer différemment ses responsabilités. Car il y a des compétences dans ce collège.»

Souvent raillés, les quatre ministres restants ont-ils encore suffisamment de crédibilité ? «La crédibilité se mesure aux résultats, rétorque Damien Humbert-Droz. On fera le bilan au terme de la législature.» Il veut croire que d’ici là, le projet de RER aura passé la rampe, en parallèle à l’adoption de nouvelles mesures de rigueur budgétaire.