Une politique globale de la santé se met en place. L'analyse a commencé par un premier bilan de santé des Genevois en 1993. Elle s'est poursuivie dans le rapport Gilliand qui a débouché sur la définition de principes (l'égalité d'accès aux soins, par exemple) et sur la planification sanitaire quantitative (crédits, nombre de postes, de lits, etc.). Après les chiffres, il fallait définir des objectifs de santé.

C'est l'objet du rapport commandé à l'Institut de médecine sociale et préventive (IMSP) de Genève par le Département de l'action sociale et de la santé. Ce texte sera soumis à une vaste consultation, a annoncé hier le ministre de la Santé, Guy-Olivier Segond. L'été prochain, le Conseil d'Etat définira cinq thèmes prioritaires parmi les treize proposés par l'IMSP.

En trame de fond, ces constats: certes, la population est en bonne santé, mais des améliorations sont possibles. Et encore: le système de soin actuel manque d'objectifs et de coordination d'ensemble, car le «seul but proposé aux professionnels comme à la population est la maîtrise des dépenses». Le système est «bien doté et même surdoté, mais son efficience n'est pas satisfaisante. Les dépenses de soins par Genevois sont de près de 50% supérieures à la moyenne suisse et sont les plus élevées de tous les cantons (...). Pourtant la population des autres cantons n'est pas en moins bonne santé.» C'est sur cette base que le rapport propose de maintenir les dépenses à leur niveau actuel, mais d'identifier des domaines d'action prioritaires. L'IMSP suggère de prévenir plutôt que de guérir. Les ressources seraient réparties différemment.

Les domaines retenus découlent du check-up des Gernevois (lire ci-dessus). Les experts proposent des mesures pour réduire les décès et les affections par des actions ciblées sur les maladies cardio-vasculaires, le cancer du sein, le sida, les accidents, les douleurs du dos, la dépression et le suicide. Ils suggèrent de diminuer les comportements néfastes pour la santé (tabagisme, alcoolisme, stress, maltraitance).

Certains objectifs sont quantifiés. Par exemple: «D'ici à l'an 2005, la proportion de fumeurs dans la population adulte passera de 40% à 30% pour les hommes et de 33% à 25% chez les femmes», cela en intensifiant la prévention, en renforçant la législation (prix plus élevés, interdication aux moins de 16 ans d'acheter des cigarettes), en promouvant l'aide à la désaccoutumance. Ou encore, «d'ici à 2010, la mortalité par cancer du sein doit baisser d'au moins 25% chez les femmes âgées de 55 à 75 ans» grâce à un programme structuré de dépistage. D'autres objectifs sont moins précis. Ainsi, il s'agit «de mieux informer la population des possibilités de traitement de la dépression, d'améliorer la détection et la prise en charge».

En Suisse, aucun canton n'a été aussi loin dans la définition de buts à atteindre. Cette démarche «novatrice», comme dit le directeur de l'IMSP, André Rougemont, est en fait inspirée de modèles québécois.

Catherine Dubouloz