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Ancien président du Conseil des Etats, Raphaël Comte a démissionné de sa fonction de coprésident de l’Association pour un canton de l’Arc jurassien. 
© Keystone/Anthony Anex

Frontières

Le canton de l’Arc jurassien, un projet plongé dans le coma

Au seuil de la votation sur l’appartenance cantonale de Moutier, les partisans d’un canton réunissant Neuchâtel, Jura et Jura bernois ont mis leur vision en veilleuse. Ils attendent des temps meilleurs

Vision d’avenir ou utopie déjà reléguée aux oubliettes de l’histoire? Pendant une dizaine d’années, la création d’un canton de l’arc jurassien a gagné des adeptes. Ces derniers temps pourtant, l’idée est en veilleuse, pour ne pas dire qu’elle a été placée dans une forme de coma artificiel. L’association pour un canton de l’arc jurassien (ACAJU) n’a plus développé la moindre activité depuis trois ans. L’un de trois coprésidents, Raphaël Comte, le plus jeune et politiquement le plus actif aujourd’hui, a même démissionné à la fin de l’année dernière.

En quarante ans, les fronts sont restés relativement stables entre partisans et détracteurs de la réunification. En 2013, le canton du Jura a certes plébiscité l’idée d’une réunification à 76%, mais le Jura bernois l’a balayée presque aussi massivement à 72%. Deux générations après les votes en cascade des années 1970, les habitants des anciens districts de Moutier, Courtelary et La Neuveville n’ont pas changé de camp. Ils sont même encore plus fidèles à Berne.

«Toute réunification du Jura francophone de type classique est vouée à l’échec de façon irrémédiable», en a conclu Jean-Claude Rennwald. L’ex-conseiller national et dirigeant du syndicat Unia a consacré un livre* à ce «supercanton», pour lequel il a même esquissé un projet de constitution. Il a acquis la conviction que dans une Suisse dominée par les grandes métropoles, les différentes composantes de l’arc jurassien ne pourront faire entendre leur voix sur la scène fédérale qu’en s’unissant.

Les politiciens ne songent qu’au court terme

Son livre est paru en novembre 2014. C’était le dernier plaidoyer pour une idée déjà évoquée en 1866 par l’Ajoulot Pierre Coullery, puis relancée en 1989 par le maire de La Neuveville de l’époque Jacques Hirt. Durant une bonne décennie, elle a paru gagner du terrain, notamment lorsque le conseiller d’Etat neuchâtelois Jean Studer développe la vision d’une police et d’une justice communes aux cantons de Neuchâtel et du Jura. En janvier 2010, un sondage réalisé pour le compte de la RSR et les quotidiens régionaux révèle même que 58% sont «favorables» ou «plutôt favorables» à l’idée, face à 35% de sceptiques.

Aujourd’hui pourtant, cette vision a totalement disparu des esprits. «Notre association existe toujours, mais elle a suspendu ses activités», relève son coprésident jurassien Jean-Claude Crevoisier. «Les politiciens ne songent qu’au court terme», déplore-t-il. Et l’immédiat, c’est bien sûr d’abord la votation du 18 juin prochain à Moutier, mais pas seulement. Le canton de Neuchâtel a des problèmes structurels plus urgents à régler: il doit assainir ses finances, mais aussi apaiser les tensions qui minent les relations entre les Montagnes et le Littoral. «Il ne sert à rien de vouloir bousculer ces priorités. Mieux vaut attendre une ou deux législatures pour relancer éventuellement l’idée», déclare encore Jean-Claude Crevoisier.

«Plus efficaces à sept qu’à onze»

Dans le canton de Neuchâtel, Laurent Kurth a longtemps été un promoteur de cette vision, c’est même lui qui a présidé l’assemblée constitutive de l’ACAJU. Depuis qu’il siège au Conseil d’Etat, il dit avoir pris ses distances tout en restant fidèle à l’esprit de cette vision. Neuchâtel, Jura et Jura bernois comptent onze conseillers d’états. «Je pense que nous serions plus efficaces à sept ministres pour une seule entité de 300 000 habitants qu’à onze dans trois cantons différents», déclare-t-il.

Dans la formation, l’Arc jurassien est d’ailleurs déjà une réalité, celle de l’espace BEJUNE. La Haute Ecole pédagogique (HEP) et la Haute Ecole Arc – sans parler de l’université – sont des projets qui sont nés de l’impérieuse nécessité d’unir les efforts entre les trois cantons. «Sans qu’on puisse parler d’une communauté de destin, nous avons en tout cas une communauté d’intérêt», souligne Maxime Zuber, recteur de la HEP. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. «C’est dans un domaine où la souveraineté des cantons est entière que nous avons avancé le plus vite», ajoute-t-il.

Le problème, c’est que les projets BEJUNE constituent plutôt l’exception, avec quelques collaborations ponctuelles, comme dans le domaine de la protection des données. Mais le projet phare, celui qui aurait pu être un symbole très fort en devenant une première suisse, soit la fusion des polices jurassienne et neuchâteloise, a été gelé en 2013. Depuis, plus personne n’en parle.

«Pas assez fort»

Dans le Jura bernois, on préfère se concentrer sur l’enjeu de Moutier. Après, la question jurassienne sera définitivement close, selon le conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE). «Le canton de l’Arc jurassien est une fausse bonne idée. Tout simplement parce qu’il ne constituerait pas une entité politique et économique structurellement forte.»

Reste l’enjeu macroéconomique. En 2005, le laboratoire d’idées Avenir Suisse avait dessiné la carte des centres du pays avec de belles couleurs vives pour les métropoles, mais en laissant en blanc toutes les régions périphériques. Une carte qui avait choqué, puis réveillé les consciences dans l’arc jurassien. «Il est sain de tabler sur une occupation décentralisée du territoire et d’éviter que certaines régions soient condamnées au rôle de satellites des grands centres», souligne Laurent Kurth. Si cet esprit-là survit, les visionnaires n’auront pas perdu leur temps.


* Jean-Claude Rennwald: Le Supercanton de l’Arc jurassien, aux Editions de l’Aire

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