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Dans le canton de Neuchâtel, énergie verte contre patrimoine horloger

Deux organisations de défense du paysage estiment que les parcs éoliens prévus sur les crêtes neuchâteloises compromettent l’inscription de La Chaux-de-Fonds au patrimoine mondial de l’Unesco. Est-ce vraiment le cas?

Dans l’allégresse, La Chaux-de-Fonds et Le Locle célèbrent cette année le dixième anniversaire de leur inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, pour leur structure d’«urbanisme horloger», qui imbrique habitations et ateliers, une organisation toujours vivante aujourd’hui. Pour obtenir une telle reconnaissance, les conditions sont strictes. Le site et son entourage ne doivent pas être altérés ou défigurés par des éléments architecturaux perturbateurs. Ainsi, dans les deux villes, «la construction de nouveaux garages dans les jardins est interdite, sauf sous certaines conditions pour des garages collectifs».

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Enième tentative de blocage

Or, le développement des énergies renouvelables pourrait aussi perturber la quiétude des deux métropoles horlogères. Dans un communiqué publié fin juin, la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage (FP) et Paysage Libre Suisse (PSL) ont lancé un avertissement: les parcs éoliens prévus sur les crêtes neuchâteloises risquent de compromettre la pérennité de cette reconnaissance patrimoniale mondiale.

Quoi? Des éoliennes plantées à plusieurs kilomètres des deux villes, 300 mètres plus haut, constitueraient une menace pour les deux «villes manufactures», dont l’enregistrement à l’Unesco est justifié par leur statut d'«ensembles urbains organiques entièrement dédiés à une mono-industrie»? L’annonce faite par la FP et PSL a été perçue par beaucoup comme une énième tentative de ces deux associations de faire barrage aux éoliennes. D’autant plus que les 27 machines prévues dans ces trois parcs se situent toutes à l’extérieur de la zone tampon dans laquelle il faut accorder un soin particulier au paysage.

Si l’on peut effectivement soupçonner FP et PSL d’utiliser cet argument pour tenter d’empêcher la construction de ces parcs, il faut pourtant admettre que cette démarche de «lanceur d’alerte» – telle que la définit Roman Hapka, responsable romand de la FP – ne tombe pas du ciel. Dans le rapport périodique de 2014 consacré aux sites de l’urbanisme horloger, l’Unesco réserve un court chapitre aux «facteurs affectant le bien». Parmi les éléments à surveiller, elle cite l'«affaiblissement de la mixité habitat-industrie», notamment la transformation de locaux en lofts, la pose de panneaux solaires sur les bâtiments et «la construction d’éoliennes à proximité des crêtes»!

Deux décisions allemandes

Il y a d’ailleurs des précédents. Secrétaire général de PSL, Michel Fior cite deux décisions tombées en Allemagne. Un tribunal a interdit la construction d’un parc éolien à proximité du site protégé de la vallée du Haut-Rhin moyen (dont fait partie le mythique rocher de la Lorelei) alors même qu’il était planifié à l’extérieur de la zone tampon. Dans un second cas, ce sont les conseillers de l’Unesco qui ont jugé qu’un autre projet entraînerait de facto l’exclusion du patrimoine mondial d’un ensemble composé de six grottes de la période glaciaire éparpillées le long de la rivière Lone, dans le Jura souabe, dont quatre contiennent des fresques murales.

Autour du Mont-Saint-Michel, l’érection de mâts captant l’énergie du vent a été interdite dans un périmètre de 25 kilomètres car ils ont été jugés incompatibles avec les critères de l’Unesco. En Suisse, l’Hospice du Grand-Saint-Bernard ne répond plus aux exigences du patrimoine mondial en raison d’un projet éolien. A l’Office fédéral de la culture, chargé du dossier, la porte-parole Anne Weibel explique que «les installations éoliennes ont un impact visuel particulièrement important, en raison notamment de leur dimension exceptionnelle, de leur caractère mouvant et de l’installation de signaux lumineux à leur sommet». Elles peuvent donc remettre en question «l’authenticité et l’intégrité visuelle d’un bien inscrit sur la liste du patrimoine mondial» ainsi que «la pérennité de son inscription».

Mais quid de La Chaux-de-Fonds, où l’urbanisme horloger est, comme son nom l’indique, urbain? «L’impact visuel des éoliennes est évident, même sur le bien protégé lui-même», affirme Michel Fior. Pour en avoir le cœur net, les autorités des deux villes se sont adressées à l’OFC, qui est en train d’étudier le cas.

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