Les Lucernois montrent aux Romands comment faire pression pour augmenter les chances d’un projet ferroviaire. Lundi, le Grand conseil lucernois a adopté à l’unanimité un crédit d’étude de 20 millions de francs pour l’extension de la gare de Lucerne. Le projet vise à décharger la ligne vers Zoug et Zurich, dont la fréquentation arrive en troisième position au niveau suisse et ne cesse de croître. Plutôt que de doubler les voies en surface, il est prévu de creuser un tunnel qui, depuis la gare, traverse le lac et la ville et ressorte à Ebikon. Toutes les voies de la gare resteront toutefois en cul-de-sac.

L’amélioration de ce tronçon figure parmi les projets candidats à un financement fédéral dans le cadre de la deuxième étape du programme d’investissments ferroviaires ZEB. Aux côtés notamment de la troisième voie entre Renens et Allaman, du tunnel de Gléresse sur la ligne du Pied du Jura et de bien d’autres encore, qui ne pourront pas tous être retenus. Le Département fédéral de l’environnement, des transports et de la communication doit ouvrir la procédure de consultation au printemps 2010, avant que les Chambres fédérales, puis le peuple se prononcent sur les projets jugés prioritaires.

Mais Lucerne ne veut pas attendre la décision les bras croisés. Le Conseil d’Etat, pour démontrer l’unité du canton, a soumis un crédit de 20 millions de francs au Parlement. Les citoyens se prononceront également à la fin de l’année. Le but est clair: «Convaincre le Conseil fédéral et le Parlement fédéral de la volonté» des collectivités concernées, peut-on lire dans le message. Car le canton de Lucerne a déjà signé en mars de cette année un «memorandum of understanding» avec les cantons voisins de Nidwald et Obwald et la Ville de Lucerne visant à prendre en charge une partie du financement, estimé à plus d’un milliard de francs. Aucun chiffre n’est encore avancé, mais le gouvernement lucernois, toujours dans le message au Grand conseil, insiste: «Seule une participation financière des cantons et communes touchés permettra de réaliser la gare souterraine dans des délais raisonnables, alors que les moyens de la Confédération pour une réalisation ne suffiront pas en raison du grand nombre de projets ferroviaires dans toute la Suisse.» Les modalités du financement, y compris une éventuelle avance des moyens, seront réglées plus tard dans une loi spéciale.

Pour renforcer le caractère symbolique de la votation sur ce premier crédit, le Grand conseil et le gouvernement in corpore se sont déplacés lundi dans la gare de Lucerne, au coeur d’une galerie marchande. Là, la votation finale a eu lieu à l’appel nominal. Les parlementaires ont également adopté une résolution, insistant sur le caractère national de la future gare souterraine. «Lucerne est une des six gares les plus importantes de Suisse, 850 trains s’y arrêtent chaque jour, […] Le canton de Lucerne et ses partenaires sont prêts à participer de manière conséquente aux coûts du projet.» Lors du débat d’entrée en matière qui a précédé, le président du gouvernement, Max Pfister, a rappelé le rôle primordial que doit jouer la nouvelle gare dans le développement économique de toute la région lucernoise. Pour cette raison, il est indispensable que les citoyens soient associés dès le début aux travaux.

L’attitude lucernoise contraste avec la molesse reprochée aux cantons romands en matière de projets ferroviaires. Le quotidien 24heures, il y a dix jours, se penchait sur le cas de la gare de Lausanne, un «noeud ferroviaire totalement saturé.» Car une troisième voie entre Renens et Genève ne sert à rien si les trains doivent attendre pour entrer en gare à Lausanne. Le quotidien vaudois se faisait l’écho de critiques acerbes, notamment du conseiller national socialiste Roger Nordmann et du Municipal radical des travaux lausannois Oliviers Français, face à l’inaction du Conseil d’Etat vaudois. Le chef du département des infrastructures, le Vert François Marthaler répondait: «Les CFF ne m’ont jamais demandé de faire une étude. Ce n’est pas au canton de s’occuper du trafic national.»