Prospective

Le canton de Vaud chiffre les coûts des contingents sur son économie

Le ministre des finances vaudois Pascal Broulis tire la sonnette d’alarme. Une mise en œuvre stricte de l’initiative «contre l’immigration de masse» plomberait l’économie cantonale et accentuerait le vieillissement de la population

Le 24 juin prochain, la Conférence des gouvernements Cantonaux (CdC) se penchera sur la mise en œuvre de l’initiative «contre l’immigration de masse». Vaud aura droit à la parole. Le canton qui, le 9 février 2014, avait compté le plus de non (61%) présentera les effets démographiques et économiques détonants qu’aurait chez lui une réintroduction de contingents pour les étrangers. «Gouverner, c’est aussi avoir des projets qui permettent d’accompagner le changement», tonne le ministre vaudois des finances Pascal Broulis. «Il est de notre devoir d’expliquer les enjeux et d’alimenter la réflexion».

■ 1 travailleur vaudois sur 5 est étranger

Dans le canton de Vaud, un emploi sur cinq est aujourd’hui fourni par la main d’œuvre étrangère. Marc-Jean Martin, chef de la Section prospective et aide à la décision de Statistique Vaud, présentait mardi une étude exposant deux scénarios à l’horizon 2040. L’un sans contingents, l’autre avec des contingents très limitatifs. «Les prospections servent à éclairer le présent à la lumière des différents déroulements qui pourraient se passer et s’y préparer», explique-t-il.

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Le scénario du statut quo annonce un solde migratoire positif de 7200 personnes en moyenne annuelle, ainsi qu’un accroissement annuel des frontaliers de 4,5%.

Le scénario limitatif part d’un solde migratoire limité à zéro et d’un nombre de frontaliers limité à son niveau de 2017. Le résultat apparaît comme dramatique: en limitant ainsi l’immigration, la croissance démographique est freinée au prix d’un développement économique plus limité et d’un vieillissement démographique plus rapide.

■ Stopper l’immigration reviendrait à diminuer la création d’emploi

Sans immigration, le nombre de personnes en âge de travailler diminuerait de 150 000 en 2040, anticipe l’étude. Et 150 000 emplois ne seraient pas créés dans le canton, faute aux contingents.

La perspective démographique prédit, d’ici à 2040, une croissance de 25% de la population et de 70% pour les personnes de 65 ans et plus. «Les Suisses sont attachés à l’âge de la retraite tel qu’il est fixé actuellement. La formation des jeunes dure de plus en plus longtemps, diminuant la durée de l’activité professionnelle. Et que ça plaise ou non aux RBIstes, ce sont les rentrées fiscales des gens en emploi qui font la force du pays», rappelle Pascal Broulis.

■ Principal enjeu: contenir les effets du vieillissement de la population

Au vu de ces évolutions, on comprend bien que le principal enjeu auquel le canton devrait répondre dans cette situation serait celui des besoins sociaux, matériels et financiers découlant de la forte augmentation des personnes les plus âgées. Ce défi serait particulièrement important si l’on considère que le canton compterait deux fois plus de personnes âgées de 75 ans et plus en 2040 qu’aujourd’hui. 75 ans est l’âge à partir duquel les coûts de santé augmentent de façon significative. Même sans l’introduction de contingents, l’arrivée de personnes étrangères ne suffit pas à contenir les effets du vieillissement. Mais l’immigration permet de le ralentir et donc de disposer de davantage de temps pour s’y adapter.

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Actuellement, 50 000 à 60 000 postes ne pourraient pas être pourvus sans les frontaliers et les travailleurs étrangers, faute de main d’oeuvre locale suffisante, selon l’étude. En tant qu’employeurs, les branches les plus susceptibles de voir leur développement freiné par les contingents sont l’industrie manufacturière, la restauration et l’hébergement, ainsi que les activités scientifiques et techniques. En tant que prestataires, les milieux de la construction et de l’immobilier seraient confrontés à une activité moindre. Les hautes écoles seraient limitées dans leur développement, comme l’EPFL qui compte 46% d’élèves étrangers.

■ Suite au Brexit, les négociations Suisse-UE pourront commencer

Après le vote sur le Brexit du 23 juin, les négociateurs suisses tenteront de conclure avec Bruxelles une solution négociée et agréée. C’est le plan A du Conseil fédéral. Le 24 juin, la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC) se réunira pour discuter de pistes de solutions à elle. À cette occasion, Vaud présentera son analyse prospective et le Tessin son modèle très fédéraliste de «clause de sauvegarde bottom-up»: une stratégie qui propose de considérer la spécificité de chaque région et de chaque branche professionnelle dans la limitation de l’immigration.

Le conseil d’Etat vaudois s’oppose à la clause de sauvegarde unilatérale proposée par le Conseil fédéral comme plan B. «Si une limitation de l’immigration devait être introduite, le Conseil d’Etat recommande de tenir compte des spécificités régionales, de laisser les autorisations frontalières aux cantons et d’exclure les étudiants des limitations», déclare Pascal Broulis.

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