Comment sera le canton de Vaud dans quinze ans? Moins mité, espère le Conseil d'Etat qui a présenté vendredi son Plan directeur cantonal (PDCn) destiné à lutter justement contre l'étalement urbain et le mitage du territoire. Le document, qui devrait être approuvé par le Grand Conseil avant la fin de la législature en été 2007, est le fruit de sept ans de travail. Il doit remplacer le premier plan directeur établi en 1987.

Ce dernier a été un échec: malgré ses objectifs, la population vaudoise a continué à s'installer au petit bonheur du territoire. Résultat: ce chaos pèse sur les infrastructures, notamment de transport. Tout doit changer avec la nouvelle mouture présentée hier: dès son entrée en vigueur, le développement économique et démographique sera prioritairement encouragé dans une quarantaine de centres. Ces pôles ont été choisis en priorité pour leur desserte en transports publics et leur niveau d'équipement. En parallèle, le canton s'engage à développer les liaisons de transport en commun entre ces villes et villages.

100 000 habitants de plus en 2020

Mais le développement des centres ne se fera pas sans une limitation drastique de celui des périphéries. Et c'est sur ce point que le Conseil d'Etat aura le plus à guerroyer. Son plan directeur prévoit de dézoner une grande partie des parcelles actuellement constructibles dans les régions faiblement desservies par les transports publics. En clair: les communes éloignées des centres devront se serrer la ceinture.

Car il s'agit de diviser par près de trois les surfaces légalisées: le canton de Vaud pourrait aujourd'hui y accueillir 270 000 personnes, alors que les démographes tablent sur «seulement» 100000 habitants supplémentaires à l'horizon 2020. Cette pléthore a une conséquence directe: l'étalement urbain. «On comprend bien qu'avec trois fois trop de zones, les gens s'installent n'importe où, résume le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud. Actuellement, nous subissons l'aménagement du territoire plus que nous ne le conduisons.»

Et si des communes s'obstinent à conserver des zones à bâtir en excès? «Nous souhaitons avant tout travailler sur une base volontaire, assure Jean-Claude Mermoud. Mais nous avons également les moyens de refuser les plans d'aménagement des communes qui ne correspondraient pas à nos objectifs.»

Pas de volet financier

La lutte s'annonce vive: dès la consultation, les milieux de l'immobilier vaudois ont annoncé leur opposition. Notamment pour une question financière: «La question d'un dédommagement des propriétaires qui verraient leurs zones déclassées doit être posée, remarque Philippe Leuba, député libéral et directeur de la Chambre vaudoise immobilière. Or le PDCn ne contient aucun chiffre. Le canton laisse simplement aux communes la charge des indemnités qui seront inévitablement exigées.»

Sur ce point, Jean-Claude Mermoud est clair: l'Etat exclut d'ores et déjà de verser des dédommagements pour des parcelles non équipées ou laissées en friche pendant des années. Pour les autres, le conseiller d'Etat compte sur un remaniement parcellaire pour équilibrer les pertes entre tous les propriétaires.

Autre point contesté: la priorité accordée aux centres. «Le canton court le risque d'une désertification des villages», redoute Philippe Leuba. «Faux, rétorque Jean-Claude Mermoud. Les villages pourront se développer, mais pas au-delà de la moyenne cantonale.»

Soutien fédéral

De son côté, le Centre patronal espère que les infrastructures routières profiteront également du PDCn. Et craint les contraintes imposées aux communes: «Elles risquent de cristalliser les oppositions sans avoir d'effets réels», assure un de ses directeurs, Christophe Reymond. «Il est évident qu'il y aura des situations conflictuelles, reconnaît le conseiller d'Etat. Mais faire un plan directeur sans caractère contraignant n'a aucun sens. Il faut que l'Etat se donne les moyens légaux pour maîtriser l'aménagement de son territoire.»

Le canton de Vaud bénéficie d'ailleurs d'un allié de poids: l'Office fédéral du développement territorial a justement annoncé jeudi son intention de limiter les zones à bâtir en Suisse (LT du 30.06.2006). Et Jean-Claude Mermoud compte bien utiliser cet argument contre les opposants au PDCn vaudois: celui-ci doit être validé par le Conseil fédéral avant son entrée en force. Hors de question donc de l'assouplir et de risquer ainsi de se voir renvoyer le dossier. Le Conseil d'Etat espère voir son PDCn entrer en vigueur le 1er janvier 2008.