Le gouvernement vaudois souffle le chaud et le froid sur les requérants d'asile déboutés menacés de renvoi. La prise de position qu'il a fait connaître mardi, après avoir entretenu le suspense pendant cinq jours, est inébranlable sur le principe: les requérants définitivement déboutés par l'Office fédéral des migrations (ODM) devront quitter le territoire suisse. Il n'y a aucune autre solution pour eux, a souligné le conseiller d'Etat UDC Jean-Claude Mermoud, dans la continuité de ses précédentes déclarations.

S'agissant des modalités de départ, en revanche, le gouvernement fait ce qu'il n'avait pas encore fait jusqu'ici: il annonce qu'il suspend les mesures de contrainte vis-à-vis des familles avec enfants mineurs, des femmes kosovares isolées et de celles provenant de Srebrenica. Autrement dit, les personnes appartenant à ces catégories ne seront pas renvoyées par la force. Pour le moment en tout cas. Le gouvernement fera le point dans trois mois, afin de mesurer les effets de ces décisions.

Ce nouveau sursis aux renvois, qui touche près de 90% des personnes concernées, est justifié par la volonté d'encourager l'inscription des requérants déboutés aux programmes d'aide au retour dans un climat serein. «La pression actuelle empêche les personnes concernées de comprendre que leur seule issue est de partir», a souligné Jean-Claude Mermoud. Le gouvernement autorise les personnes à l'abri des mesures de contrainte à poursuivre leur emploi ou à le reprendre si elles avaient dû le quitter ces derniers temps. «Nous voulons éviter que les requérants ne plongent dans la clandestinité», explique Jean-Claude Mermoud, tout en précisant que ce n'est pas une autorisation à prendre un nouvel emploi. Jean-Claude Mermoud avait tenu à être seul devant la presse pour présenter la «position commune du Conseil d'Etat, prise selon la méthode qui réussit au gouvernement.»

La statistique des requérants d'asile déboutés a évolué à la baisse ces derniers mois. Alors qu'ils étaient 523 au départ, ils ne sont plus que 378 aujourd'hui. Vingt d'entre eux sont repartis volontairement, 51 ont été régularisés lors du second examen par l'office fédéral, 74 cas se sont réglés dans un autre cadre que la circulaire Metzler. De ces 378 personnes, 181 sont suspendues à une décision à venir de la Commission fédérale de recours en matière d'asile. Quelque 200 personnes seraient donc renvoyables immédiatement. Déduction faite des familles avec enfants en âge scolaire et des femmes seules, une trentaine d'hommes célibataires sont exposés à une expulsion rapide.

Confronté à un mouvement d'opinion croissant en faveur des requérants déboutés, le Conseil d'Etat lance un appel aux partis, Eglises, organisations et bonnes volontés pour «parrainer» les requérants en vue d'encourager leur départ. Il espère que le message passera mieux s'il est transmis par des parrains que par des fonctionnaires.

La Coordination asile, qui représente le volet le plus militant du soutien aux requérants, s'est dite scandalisée en entendant cet appel à transformer la résistance en un accompagnement au retour de gens invités à aller reconstruire leur pays. «Comment ose-t-on penser que la coordination va faire ce que la communauté internationale n'a pas réussi à faire depuis dix ans?» proteste le syndicaliste Bruno Clément.

Dans la classe politique, les réactions sont moins tranchées. L'espoir ayant couru que les ministres socialistes convaincraient le Conseil d'Etat de protéger plus franchement les catégories les plus vulnérables de requérants, la déception était de mise chez nombre de députés de gauche. Mais le parti socialiste peinait à se mettre d'accord pour une réaction officielle. La position gouvernementale donne satisfaction à la résolution que le parlement avait émise l'an dernier contre les renvois forcés. Certains à gauche tentaient de se consoler en estimant Jean-Claude Mermoud battu sur les mesures de renvoi. Plutôt que la temporisation, les députés de son parti préféraient retenir la fermeté du discours sur le renvoi dans la dignité.