Energie

Le canton de Vaud recèle le plus grand potentiel éolien de Suisse

La Confédération compte sur le canton de Vaud pour produire à lui seul un quart, voire un tiers de l’énergie éolienne du pays. Problème: aucune turbine n’y tourne encore

«Le plus fort potentiel de développement pour l’éolien en Suisse.» Le gouvernement vaudois et sa ministre de l’énergie Jacqueline de Quattro ne sont pas les seuls à vouloir faire du canton un bon élève de la production éolienne en Suisse. La Confédération mise aussi fortement sur lui: elle attribue au canton de Vaud 25% à 35% du potentiel de production de cette forme d’énergie en Suisse. Cela correspond à une contribution de 1100 à 1500 GWh par année.

Seul le canton de Berne se voit confier un rôle d’une importance comparable, avec un potentiel de 650 à 1100 GWh/an, soit une part de 15 à 25% de la production helvétique. L’Office fédéral de l’énergie (OFEN), d’où proviennent ces estimations, ne communique pas encore celles pour les autres cantons.

La carte des vents de la Suisse, dont la nouvelle édition a été publiée il y a peu confirme que sont particulièrement bien exposés le plateau suisse, les crêtes du Jura, les vallées valaisannes et grisonnes. Le potentiel le plus fort se situe sur l’arc lémanique. Les régions les plus peuplées ont été d’emblée exclues de toute implantation, ce qui explique qu’aucun projet d’éoliennes n’existe dans le canton de Genève ou sur les rives du lac.

«Et dire que nous pourrions sortir du nucléaire»

Pour le canton de Vaud, c’est tout le paradoxe. Alors que le canton se profile comme une région privilégiée pour l’éolien en Suisse, aucune turbine n’y tourne encore. Lorsqu’un projet sort intact du processus politique, il s’expose à de longs recours.

Jacqueline de Quattro n’est pas découragée par cette «course d’obstacles». «Nous qui dépendons directement de la centrale de Mühleberg (BE), nous pourrions sortir du nucléaire grâce à notre potentiel», a-t-elle souligné lundi en faisant l’état des lieux de la planification éolienne cantonale. Lorsque la décision arrive devant le peuple, le verdict peut être positif: «Ces dernières semaines, les électeurs ont dit oui à Charrat (VS) et à Vallorbe (VD), ce sont des pas concrets.»

«Il est vrai que l’énergie photo-voltaïque avance bien, sans opposition et pour un coût raisonnable, mais nous avons toujours besoin de l’énergie éolienne pour le courant hivernal», a souligné Markus Geissmann, responsable du domaine éolien à l’OFEN, qui accompagnait la ministre vaudoise à cette occasion.

Pour le projet de Ste-Croix, approuvé de justesse par les citoyens lors d’une votation consultative, une mise à l’enquête complémentaire est en cours à la suite de suite de recours devant la cour administrative. Les projets Eoljoux, Eoljorat Sud et Sur Grati (Vallorbe) sont en procédure de recours. Au Mollendruz, le projet qui aurait sans doute le plus fort impact visuel vu du plateau, les oppositions sont en cours de traitement et le Conseil d’Etat ne n’est pas encore prononcé. On ne peut dire avec précision quand la première éolienne vaudoise se mettre à tourner.

Deux nouveaux venus sur la carte

Vaud adapte périodiquement la planification éolienne établie il y a quelques années pour faire face à l’afflux des demandes des producteurs. Ce document comprend 19 parcs, pour un total d’environ 150 éoliennes et une production de 1116 GWh/an, conforme aux prévisions de la Confédération.

La dernière version de cette planification voit disparaître deux projets, celui de Cronay (Nord vaudois), abandonné par la commune, et celui de Daillens-Oulens, rejeté en votation. Deux nouveaux apparaissent: l’un à Bavois (5 mâts à proximité du restoroute de l’A1), l’autre à Essertines-sur-Rolle (6 mâts). Tous deux sont portés par les Services industriels de Genève (SIG) et la société allemande Vento Ludens.

Moratoire de cinq ans réclamé

La lenteur à concrétiser ses ambitions éoliennes n’est pas une particularité du canton de Vaud. Sur l’ensemble du territoire national, seules 34 turbines sont en état de marche. Elles ne couvrent que 0,2% de la production d’électricité, alors qu’il faudrait près d’un millier de machines pour atteindre les 10% visés à l’horizon 2050.

Réunis dans la coalition Paysage-Libre, les opposants aux éoliennes réclament un moratoire de cinq ans, afin d’étudier les questions sanitaires ouvertes selon eux, en particulier les nuisances sonores (infrasons) attribuées aux éoliennes. Les autorités vaudoises font la sourde oreille: «Il n’existe aucune preuve scientifique de l’impact des éoliennes sur la santé», tranche Cornelis Neet, le directeur général de l’environnement du canton de Vaud.


Une épreuve de crédibilité

Dans la communication tous azimuts à laquelle elle se livre à huit mois des élections cantonales, Jacqueline de Quattro défend sur les éoliennes une ligne qui a le mérite de la constance. Au vu des vents contraires qui empêchent cette nouvelle forme d’énergie d’avancer, d’autres seraient tentés de faire profil bas. La ministre vaudoise, loin de faire oublier ses précédents appels, ne craint pas de répéter son plaidoyer pour les mâts et convoque le soutien de la Confédération, dont la carte des vents fait du canton la terre promise de l’éolien.

Mais cette détermination n’est pas sans risque. Car il y a peu de domaines de l’action publique dans lesquels le volontarisme des autorités soit aussi peu suivi d’effets sur le terrain. Jacqueline de Quattro a beau promettre d’année en année de planter 150 éoliennes sur le plateau et les crêtes, elle risque d’entrer dans l’histoire comme celle qui n’aura pas réussi à en faire tourner une seule dans le canton censé fournir au pays un quart de son puissant souffle.

La ministre a bien sûr contre elle la lenteur des procédures, qui permet à une opposition toujours plus coriace de se renforcer de jour en jour. Mais l’éolien, c’est aussi une planification publique tardive après la prolifération des projets privés, une dilution fédéraliste des responsabilités face à un objectif énergétique d’ensemble, des questions incontournables sur le rapport entre production et nuisances. Dans sa capacité de convaincre et de réaliser, l’autorité cantonale est soumise à une rude épreuve de crédibilité.

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