L'Etat de Vaud va se désengager de l'établissement thermal de Lavey-les-Bains, qui fait partie de son patrimoine depuis septante ans. Après de longues tractations, il a fini par trouver un repreneur: le groupe français Eurothermes, qui gère déjà neuf stations thermales. Lundi, une commission du Grand Conseil a adopté à l'unanimité l'opération. L'Etat doit rester propriétaire des sources mais céder l'exploitation du domaine pour cinquante ans, sous forme d'une concession et d'un droit de superficie. «C'était cela ou la fermeture», explique Charles-Pascal Ghiringhelli, député radical et cheville ouvrière de l'Association pour l'avenir de Lavey-les-Bains.

Le Temps: Qu'est-ce qui va changer à Lavey?

Ch.-P. Ghiringhelli: Eurothermes deviendra d'une part propriétaire du centre thermo-hôtelier, assurera d'autre part la gestion du centre d'hébergement médical, lequel restera majoritairement en main de l'Etat. Le grand atout du repreneur est qu'il connaît très bien la réalité du marché thermal, dont le caractère est très volatil.

– Est-ce à dire que l'établissement deviendra plus attrayant?

– Il sera en tout cas plus pimpant. Aujourd'hui obsolètes, ses standards vont se rapprocher de ceux que l'on connaît ailleurs, comme à Saillon ou Bad Ragaz. Lavey a la source la plus chaude de Suisse, c'est une grande force. J'espère du reste que le Grand Conseil amendera le décret, de manière à permettre au repreneur de réintroduire à Lavey une activité hospitalière de réhabilitation (lits B), s'il l'estime opportun.

– Quelles sont les conséquences financières de cette opération pour l'Etat?

– L'Etat n'aura plus à éponger un déficit chronique, qui se monte à un million de francs pour 1998. Dans l'immédiat, il faut accélérer l'amortissement des investissements de 1975, qui avait été échelonné sur vingt-cinq ans. Le solde se monte à 1,5 million.

– La conseillère d'Etat Francine Jeanprêtre trouve que l'Etat brade son patrimoine en cédant les bâtiments pour 1 franc symbolique. Qu'en pensez-vous?

– Sa remarque m'inquiète. La réalité, c'est que nous faisons peut-être un cadeau empoisonné à Eurothermes, qui n'a pas froid aux yeux en reprenant cette affaire et en s'engageant à y investir 10 millions de francs. Rien n'a été fait à Lavey depuis 1975. Dans ces conditions, personne n'aurait voulu, en plus, payer pour les bâtiments.

Propos recueillis par Yelmarc Roulet