L’heure est grave, à en croire les responsables présents ce lundi matin pour venir défendre devant les médias le projet de rénovation et d’agrandissement du Musée d’art et d’histoire (MAH). Aux côtés d’un exécutif municipal au complet – événement assez rare pour être mentionné –, s’est affiché le président du Conseil d’Etat François Longchamp. Le magistrat libéral-radical est venu apporter le soutien «unanime» de son gouvernement à un projet «essentiel à la dynamique et au rayonnement de la région». Dans un mois, l’avenir du MAH devrait être scellé, sous réserve de deux recours toujours pendants contre l’extension de l’édifice et son classement par le gouvernement genevois.

Le 28 février, les électeurs résidant en ville de Genève auront à décider s’ils acceptent d’octroyer un crédit de 132 millions de francs – dont 65 millions à charge de la municipalité – pour financer les six années de travaux que nécessite la cure de jouvence du bâtiment de l’architecte genevois Marc Camoletti inauguré en 1910.

Ville et canton main dans la main

La présence conjointe des instances municipales et cantonales, main dans la main, dénote une certaine fébrilité face à la campagne acharnée que mènent les opposants. Il faut dire qu’aux premières critiques des associations de défense du patrimoine se sont agrégées d’autres voix virulentes à l’encontre du projet porté conjointement par les ateliers parisiens de l’architecte star Jean Nouvel et les bureaux genevois Architectures Jucker et DVK Architectes.

Les attaques ont porté essentiellement sur la maîtrise des coûts dont les référendaires estiment qu’ils vont exploser, sur les gains réels en nouvelles surfaces, sur la «privatisation» du musée qu’implique la convention ratifiée entre la Ville de Genève et le collectionneur d’art Jean Claude Gandur ainsi que sur le comblement de la cour par des plateaux de verre.

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Des budgets «pas établis avant la finalisation»

Sur la maîtrise de l’enveloppe budgétaire, le conseiller administratif Sami Kanaan rappelle que les coûts des travaux du Musée d’ethnographie et de l’Alhambra ont été respectés, alors qu’il s’agissait de chantiers complexes, selon lui. «Les budgets de nos projets ne sont pas établis avant la finalisation – ou même avant le choix du projet retenu, comme cela a été le cas pour le Musée du quai Branly ou la Philharmonie –, mais établi après la finalisation et le chiffrage précis de chaque élément.»

Quant aux nouvelles surfaces créées, les opposants avaient avancé que leur propre projet prévoyant une extension extra-muros sous la butte de l’Observatoire permettait un gain en surfaces supplémentaires bien plus importantes que ne le prévoit le projet Nouvel. «Faux», réplique le magistrat socialiste. «Si l’on veut éviter de raser la butte et ses arbres, et tenir compte des contraintes très fortes de ce sous-sol, l’étude faite par les services de la Ville montre qu’on ne pourrait obtenir qu’un espace bien plus réduit que le projet [des opposants, ndlr], entièrement souterrain, pour un coût beaucoup plus élevé.»

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Le président de l’exécutif cantonal, rappelle quant à lui, que la manne financière apportée par les privés – 67 millions de francs au total – est une chance pour Genève. «Il nous permet d’avoir un musée deux fois plus beau et qui coûtera moins cher au contribuable qu’une simple rénovation.» Outre la Fondation Gandur pour l’art (40 millions) et la Fondation pour l’agrandissement du musée (Famah) qui injecteront 13 millions de francs (dont 2 millions de la Fondation Ernst Göhner et 1 million de la Banque Lombard Odier) dans le projet, la Fondation Wilsdorf dédiera 14 millions de francs au futur «Espace de l’horlogerie». Une rénovation seule, coûtera plus cher qu’une rénovation-extension, martèlent les autorités.

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