La différence entre un fonctionnaire et un employé? Bien souvent, elle se résume à l'engagement réciproque pour une durée de quatre ans. Or le canton de Zurich, suivant une mode bien alémanique, est sur le point d'abolir le statut de fonctionnaire pour flexibiliser sa gestion du personnel.

Le Grand Conseil a en effet approuvé lundi à l'unanimité l'entrée en matière sur un projet concocté par le département des finances de l'exécutif zurichois. Il prévoit de remplacer le statut de fonctionnaire par un statut d'employé cantonal qui sera défini par la nouvelle loi. Aucune opposition n'est à signaler non plus dans la commission qui a préparé le débat: les Verts ont renoncé à demander un délai de résiliation plus long puisque l'UDC, de son côté, renonçait à demander une diminution de la prime de départ.

Pour le radical Thomas Isler, qui a présidé la commission parlementaire chargée de cette nouvelle loi, «la politique du personnel n'est pas de droite ou de gauche. Elle est juste idiote ou futée». N'empêche, le projet de nouvelle loi est suffisemment généreux pour désarmer la gauche: il prévoit que le tribunal administratif fasse office de prud'homme, qu'un plan social soit systématiquement lié à tout licenciement collectif et de reconnaître les syndicats. En outre, plusieurs articles de principes ont été inscrits dans la loi sur demande des radicaux, dont un encouragement à la formation contiunue, au temps partiel, à l'engagement de handicapés.

Le canton de Zurich emploie actuellement 44 000 personnes, dont un peu moins d'un tiers, seulement, bénéficient du statut de fonctionnaire et quasiment aucune femme. Les autres se répartissent entre des contrats de droit privé et de droit public particulier, notamment pour les policiers, les enseignants et les curés.

Le syndicat suisse des services publiques (SSP), lui, n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer le système actuel qui établissait deux classes de personnel: statut de fonctionnaire pour les cadres et droit privé pour les autres, licenciables en trois mois. Mais le syndicat n'est pas entousiasmé pour autant par la nouvelle loi zurichoise. «Il subsiste des problèmes liés aux exigences particulières faites aux employés de l'Etat, explique sa présidente Doris Schüepp. Que faites-vous du devoir de fidélité (qui interdit par exemple la grève), d'obéissance, du secret de fonction, de l'interdiction de recevoir des cadeaux?»

Mais le SSP se borne à recommander le choix de la durée d'engagement à la signature du contrat, impuissant devant la vague des cantons alémaniques ayant aboli ou étant sur le point d'abolir leurs statuts de fonctionnaire. A ce jour, Bâle-Campagne, Fribourg, Berne, Shaffouse, Zoug, Grisons, Schwytz et Nidwald l'ont fait. Ainsi que les villes de Fribourg, Lucerne, Bienne, Baden et de nombreuses communes plus petites.