Les cantons affûtent leur argumentaire en vue du grand débat sur l'école. Le Conseil fédéral ayant accepté, mercredi, des propositions portant sur un «espace suisse de l'éducation» (LT du 18.08.2005), la Conférence des directeurs de l'Instruction publique (CDIP) se dit prête à mettre en œuvre ces dispositions «pragmatiques et complémentaires», selon son président, le ministre saint-gallois Hans Ulrich Stöckling. A l'heure où le fédéralisme scolaire est de plus en plus vilipendé, en premier lieu par les parents, les chefs cantonaux de l'école détaillent leurs plans pour harmoniser les systèmes.

Régions «sous pression»

Le National débattra bientôt de nouveaux articles prévus pour la Constitution. Ceux-ci stipulent notamment que les cantons doivent s'entendre sur l'âge d'entrée à l'école, la durée de la scolarité obligatoire et des niveaux d'enseignement ainsi que les objectifs de formation. Faute de quoi c'est la Confédération qui imposera des règles. Hans Ulrich Stöckling reconnaît que les régions seront mises «sous pression» et se dit prêt à admettre une intervention plus marquée de la Confédération, pour autant que les finances suivent.

D'ici là, la CDIP espère finaliser un accord intercantonal prévu pour 2007, que les Grands Conseils étudieront l'année suivante. L'âge du début de scolarité y sera inscrit, de même que le passage d'un degré à un autre. Pour rapprocher les contenus de l'enseignement, les experts du projet «Harmos», récemment sélectionnés, devront définir des «standards minimaux» dans les domaines de la langue locale, des langues étrangères, mathématiques et sciences. Ces exigences seront vérifiées lors des 2e, 6e et 9e années. S'y ajoutent les programmes régionaux, le plan-cadre romand (Pecaro) en cours d'introduction et son éventuel pendant alémanique. La CDIP se défend de faire de lourds travaux à double: «Les standards exprimeront ce que l'on attend de l'école pour le marché du travail et le secondaire II, ils ne dictent pas les programmes», plaide Olivier Maradan, secrétaire général adjoint.

Ces ambitions seront soumises à rude épreuve. Aux Chambres, certains parlementaires voudront ajouter d'autres volets aux articles prévus. Or, Hans Ulrich Stöckling ne manque pas de vitupérer la Confédération, jugeant qu'elle marche toujours plus sur les plates-bandes des cantons et ne tient pas ses promesses au niveau du financement. Le débat sur les textes constitutionnels occasionnera sans doute de nouvelles frictions.

Ensuite, la question linguistique compliquera le jeu. La CDIP part du principe que deux langues étrangères doivent être enseignées au primaire, dès la 3e et la 5e. Elle laisse ouverte la préséance, langue nationale ou anglais. Mais dans quatre cantons alémaniques dont Zurich, et bientôt à Lucerne, des initiatives réclament une seule langue au primaire. Si un canton vote «oui», il ne pourrait plus signer le futur accord, mettant l'édifice en péril. Une intervention de la Confédération, bardée de ses nouvelles compétences, serait alors théoriquement possible. Pour prévenir l'hypothèse, la CDIP part déjà en guerre contre des initiatives que Hans Ulrich Stöckling qualifie de «totalement absurdes».