Extrémisme

Cantons face à la radicalisation, le cas vaudois

Vaud présente son dispositif de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Le système du fédéralisme permet de tester des laboratoires cantonaux

Un père inquiet pour son enfant qui, lui semble-t-il, serait en train de se radicaliser. Un voisin suspicieux: dans le garage de son immeuble se réunit un groupe de salafistes… Qu’y préparent-ils? Pour faire face à leurs interrogations, les Vaudois auront bientôt à leur disposition une permanence téléphonique gratuite qui leur répondra de 6 heures à 22 heures, 7 jours sur 7. Il ne reste plus au Grand Conseil qu’à valider le processus présenté mercredi à la presse par la conseillère d’Etat Béatrice Métraux mais, déjà, une commission parlementaire a accepté le projet à l’unanimité. Une question de mois, nous promet-on.

Le cas français, le cas danois

Dans un contexte européen marqué par des actes terroristes, divers pays tentent des démarches exploratoires pour lutter contre la radicalisation et les extrémistes violents. L’été dernier, la France fermait son centre de déradicalisation, une expérimentation qui ne s’est pas révélée concluante. Le Danemark a ouvert une helpline cogérée par des policiers et des assistants sociaux. La Suisse, ancrée dans son fédéralisme, voit quelques-unes de ses unités cantonales ou communales servir de laboratoires. Des villes, comme Winterthour et Zurich ont été pionnières dans la lutte contre la radicalisation. Le canton de Genève a lancé il y a un an et demi un projet pilote basé sur la prévention.

«Quel est l’intérêt de gérer ces questions au niveau cantonal? Tous les cantons n’ont pas la même philosophie, et cela est plutôt positif: les uns s’inspirent de ce qu’ont fait les autres, cela permet de faire émerger de bonnes pratiques», déclare le président de la Conférence des chefs de Justice et Police, Pierre Maudet. Il remarque une prise de conscience croissante des cantons: Fribourg, par exemple, a récemment demandé à Genève de lui donner des retours. Depuis le lancement de son programme, Genève a dû gérer une petite centaine de situations liées à la radicalisation. «Il y a eu très peu de cas «bidon», les gens font appel au dispositif pour des situations sérieuses», rapporte encore Pierre Maudet.

Dispositif d’alerte et de prévention

L’expérience genevoise a également servi lorsque Vaud a voulu mettre en place son dispositif: un réseau interdisciplinaire d’alerte et de prise en charge. «Nous avons imaginé une réponse en deux volets», décrit la ministre vaudoise chargée de la Sécurité. «Premièrement, une centrale téléphonique sera assurée par la police cantonale vaudoise formée à cet effet. Ce «0800» sera ouvert à l’ensemble de la population vaudoise afin qu’elle puisse partager et déposer ses doutes et ses inquiétudes. Ensuite, un groupe opérationnel assurera la prise en charge et le suivi des cas. Il sera présidé par le préfet du district de Lausanne, Serge Terribilini, qui fera appel à des partenaires externes. Son but sera de proposer les mesures nécessaires pour désengager et réintégrer les personnes impliquées dans des processus de radicalisation et d’extrémisme violent.»

Béatrice Métraux annonce, à côté de ce dispositif, une plateforme de coordination entre les enseignants, le corps médical, les acteurs sociaux et les entraîneurs sportifs, pour que leurs formations de prévention soient uniformisées.

«On ne flique pas, on ne fiche pas!»

Béatrice Métraux, ministre vaudoise de la Sécurité

Autre aspect crucial pour le canton: respecter la loi fédérale de la protection des données. «On ne flique pas, on ne fiche pas», garantit Béatrice Métraux. Les informations échangées s’en tiendront «de manière stricte à la finalité recherchée», à savoir la prévention des radicalisations. Les différentes instances assureront la protection des données personnelles en jeu, le groupe opérationnel sera le seul autorisé à traiter des données personnelles sensibles.

En attendant le feu vert du Grand Conseil et l’établissement d’une base légale, le numéro 117 continue de recevoir les appels des Vaudois. En moyenne, les polices de proximité du canton en reçoivent deux par jour à ce sujet. La plupart des doutes sont écartés, mais 150 dossiers sont actuellement sous le radar de la police.

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